Dans la photo : Jean Paul au Hogar San Pedro durant la pandémie.
Dès mon plus jeune âge, j’ai appris à faire naturellement confiance à la providence et à regarder le monde qui m’entourait avec espoir. J’ai grandi aux côtés de ma mère et de mon grand-père maternel, qui ont été pour moi des exemples inspirants de résilience et de sagesse, malgré les difficultés économiques que nous connaissions.
J’ai eu une enfance heureuse, remplie d’amour et de protection. Enfant unique, j’ai grandi entouré d’adultes, ce qui m’a amené, sans même m’en rendre compte, à adopter très tôt des comportements plus matures. Même avec les enfants de mon âge, j’avais souvent une attitude plus posée, presque adulte. Avec le recul, je réalise à quel point cela a façonné ma personnalité et influencé la façon dont je me suis construit au fil des années.
Ma mère m’a toujours dit que le plus bel héritage qu’elle pouvait m’offrir était une éducation de qualité. Malgré nos moyens financiers limités, elle était déterminée à m’offrir cette chance. Grâce à ses inlassables efforts, j’ai pu faire toute ma scolarité — du primaire au secondaire — au collège Winnetka de Chaclacayo au Pérou, un établissement privé qu’elle avait choisi avec soin pour moi.
Au collège Winnetka
Fondé en 1953, le Collège Winnetka était à l’époque une école laïque, imprégnée néanmoins de certaines valeurs chrétiennes. Sa force résidait dans la qualité de son enseignement, initialement destiné aux familles aisées. Ce n’est qu’en 1980, dans un contexte de profonds bouleversements économiques, politiques et sociaux au Pérou, que son fondateur, le Dr. Antonio Arenas, un pédagogue reconnu, a pris la décision, après mûre réflexion, de confier l’avenir de l’établissement à une congrégation religieuse. Il a alors choisi de remettre la direction et la mission du Collège Winnetka à la Société des Missionnaires des Saints-Apôtres (M.S.A.), fondée par le père Eusèbe-Henri Menard, ofm.
C’est en cinquième année du primaire que j’ai entendu parler pour la première fois de cette congrégation religieuse. Le père Eusèbe Ménard venait régulièrement nous rendre visite à l’école. À chaque rencontre, il s’adressait à nous avec passion, cherchant à éveiller en nous le désir de devenir non seulement de bons élèves, mais surtout des jeunes porteurs de valeurs chrétiennes, capables de devenir les leaders pour bâtir une société péruvienne meilleure.
Au fil des années, j’ai eu la chance de rencontrer des éducatrices remarquables, comme sœur Rosa Huamán, récemment décédée, et sœur Zelmira Torres. Ce sont elles qui m’ont peu à peu initié à la vie spirituelle. À la fin de mes études secondaires, j’ai eu l’opportunité de travailler à leurs côtés, au sein de cette même institution scolaire. J’ai vécu des années d’apprentissage intenses, durant lesquelles Dieu m’a soutenu à chaque étape, notamment dans mes relations avec l’ensemble de la communauté éducative. Même si je connaissais déjà les réalités de l’institution, assumer une telle responsabilité à mon jeune âge représentait un véritable défi. Je m’efforçais chaque jour d’être à la hauteur, tout en découvrant peu à peu ce qui allait devenir ma vocation profonde : celle d’éducateur.
Ma vocation religieuse
Après six ans de présence active, et à la suite du décès du père Eusèbe Ménard en 1987, la Société des Missionnaires des Saints-Apôtres a connu une période de réorganisation. L’année suivante, les sœurs du Collège ont dû céder leur place aux prêtres des M.S.A., afin d’assumer d’autres responsabilités liées à leurs nouveaux apostolats.
C’est à ce moment-là que j’ai fait la connaissance des prêtres chargés de reprendre la mission éducative au sein de la congrégation religieuse et du Collège. Pour beaucoup d’entre eux, cette transition représentait un véritable défi. Le père Héctor Guillén, M.S.A., a alors pris la direction du Collège Winnetka dans un contexte complexe et exigeant. Il était accompagné de deux jeunes frères : Jorge « Koki » Mendiola, M.S.A., et Alejandro Mayneto, M.S.A., aujourd’hui décédé.
Malheureusement, un an plus tard, la Société des Missionnaires des Saints-Apôtres fut profondément bouleversée par le décès soudain du père Héctor Guillén. Il succomba à une crise cardiaque alors qu’il se rendait dans son village natal de Llamellín, dans le département d’Ancash, au nord du Pérou. La direction du Collège fut donc reprise par le père Jorge Mendiola, M.S.A., auprès duquel j’ai appris que pour avancer, il fallait du courage, de la persévérance et une grande capacité à surmonter les aléas de la vie. Ces moments ont été déterminants dans la construction de mon parcours : ils m’ont aidé à réfléchir profondément à mon avenir et à la direction que je souhaitais donner à ma vie.
Dieu s’est manifesté dans mon existence de différentes manières au fil de ce cheminement. En y repensant, je me rends compte que, malgré les moments de solitude, une force intérieure me guidait toujours, discrètement mais fidèlement. Dans ce contexte, il m’a fallu prendre des décisions importantes, et le discernement est devenu une présence constante dans mon cœur et dans mes pensées.
C’est ainsi qu’après un long temps de réflexion et de prière, j’ai pris la décision d’entrer chez les Missionnaires des Saints Apôtres, le 15 août 1992. Mon rêve, à ce moment-là, était de me remettre pleinement entre les mains de Dieu et de découvrir ce qu’Il avait préparé pour moi. Ce choix n’a pas été facile. Il impliquait de tout laisser derrière moi : le travail, les amis, la famille, les projets d’avenir… pour me rendre disponible et devenir, autant que possible, malléable à la volonté de Dieu.
Au fil des différentes étapes de la formation — le postulat, le noviciat, puis les vœux temporaires — j’ai peu à peu découvert, puis confirmé, ma vocation de frère consacré. Pendant mes études universitaires et tout au long de ce parcours de formation, j’ai compris que ma mission était de servir Dieu, mais à travers une voie bien particulière : celle de l’enseignement. Inspiré par notre Seigneur Jésus-Christ, le maître par excellence, j’ai trouvé dans l’éducation un chemin pour vivre pleinement ma vocation.

Jean Paul Canturini, premier en partant de la gauche, avec sa famille spirituelle lors des célébrations de l’année ménardienne au Pérou, en août 2025.
Dix ans au Venezuela
En 2004, j’ai été envoyé par mes supérieurs au Venezuela, où j’ai repris mes études de philosophie et de pédagogie à l’Université Salésienne de Los Teques, tout en étant responsable de la catéchèse dans la paroisse des Saints-Apôtres à Lagunetica. Un an plus tard, j’ai prononcé mes vœux définitifs.
Dans un contexte social, politique et économique vénézuélien particulièrement difficile, j’ai été appelé à prendre en charge une œuvre de la congrégation, tout en ayant également l’opportunité d’enseigner au Collège San José, dirigé par les Salésiens. Ces expériences ont été déterminantes dans le renforcement de ma vocation de frère consacré, cette vocation qui m’a guidé fidèlement tout au long de ce parcours. C’est grâce aux fidèles de la paroisse que j’ai vécu, jour après jour, la présence constante de la providence divine. Dieu m’a guidé, protégé et orienté à chaque étape, même au cœur des nombreuses épreuves liées à l’insécurité grandissante dans le pays.
Après dix années passées à l’étranger, je suis retourné au Pérou en tant que conseiller élu de la délégation Pérou-Brésil des Missionnaires des Saints-Apôtres pour un mandat de trois ans. Entre autres, j’ai coordonné la pastorale éducative du Collège Winnetka, mon alma mater.
Cette étape de ma vie a été marquée par de nouveaux défis et de nombreuses remises en question. Il m’a fallu redécouvrir mon identité dans un environnement qui, bien que familier, avait changé, tout comme moi. Revenir au pays signifiait aussi s’adapter à une nouvelle réalité sociale et réapprendre à avancer au rythme de ma communauté. Parallèlement, travailler avec la communauté éducative du Collège a été une expérience riche en apprentissages. Cela m’a offert l’occasion de mettre en pratique tout ce que j’avais intégré au cours de ma formation et des années vécues à l’étranger.
Hogar San Pedro
Parallèlement, j’ai été nommé directeur du foyer Hogar San Pedro en mars 2018. Ce nouveau défi, je l’ai accueilli en m’appuyant pleinement sur l’aide du Seigneur. Dès le début, j’ai souhaité m’intégrer pleinement à cette équipe dévouée, dont l’engagement quotidien assure le bon fonctionnement du foyer, animé par l’amour du prochain et soutenu par la divine providence. En 2020, nous avons traversé ensemble l’épreuve angoissante de la pandémie, qui mettait en danger un lieu accueillant des personnes démunies, malades et abandonnées. Pourtant, à chaque instant, le Saint-Esprit nous a accompagnés et protégés, veillant tout particulièrement sur les résidents du foyer.
Enfin, en 2023, j’ai été réélu conseiller au sein de la délégation Pérou-Brésil, à laquelle s’est récemment ajoutée l’Indonésie. Cette nouvelle mission s’inscrit dans la continuité de mes engagements, que j’assume avec confiance en Dieu et en sa divine miséricorde. Je demande au Seigneur de me garder ferme dans la foi, guidé par l’espérance, et toujours animé par la charité.
À PROPOS DE JEAN PAUL CANTURINI
Jean-Paul est membre de la Société des Missionnaires des Saints-Apôtres, directeur du foyer Hogar San Pedro et aumônier du Collège Winnetka, au Pérou.
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