Suggestions de lecture

Sentinelle dans la nuit

Par Sophie Archambault

Suggestions de lecture

23 octobre 2024

Crédit photo : Sophie Archambault

Paru en 2009, Sentinelle dans la nuit de Fernand Patry est un ouvrage à saveur chrétienne qui a pour but d’éclairer quiconque a besoin d’un réconfort spirituel, ou tout simplement de perpétuer la puissance de la foi que nous portons en nous.

Président-directeur général de la Fondation Jeanne-Mance, Ferdinand Party nous livre dans cet ouvrage un hommage à la vie, à l’humain et à sa capacité de se perfectionner lui-même à travers le soutien d’une petite voix qui l’accompagne dans chaque étape de sa vie. Cette voix, c’est ce qu’il appelle «la sentinelle».

Qui n’a jamais entendu un appel sortir des tréfonds de son intériorité pour s’adresser à soi personnellement? Qui peut affirmer ne jamais avoir senti planer au-dessus de lui une instance, un conseiller, une présence qui relie sa vie à quelque chose qui est pourtant plus grand que soi? Cette voix, c’est, selon Patry, la sentinelle. Mise au monde au même moment où le cosmos fut créé par Dieu, elle a hérité à la fois de la nature divine de celui-ci, mais aussi de sa volonté de créer un monde d’amour et de fraternité. La sentinelle a le devoir de veiller sur l’humanité, de minimiser ses dérives et ses excès. C’est l’une des facettes de Dieu qui nous aide à «traverser les forces obscures de [nos] origines et découvrir ce qui [nous] permettra d’atteindre le divin en [nous].» (p. 12)

 

Les répercussions de la Création

 

Avant le cosmos était le chaos. Lieu de l’informe, de la confusion et du trouble, les traces de ce déchaînement originel se répercutent encore aujourd’hui au sein des émotions qui assaillent l’humain, des actions qu’il commet et du mode de vie qu’il choisit. Patry explique que «la violence et l’harmonisation ont grandi comme des sœurs jumelles et permis l’éclosion de la vie dans ce qu’il y a de plus beau et de plus laid.» (p. 25) L’homme, façonné par cette Création tout aussi magnifique que brutale qui relève de l’effacement du chaos par le cosmos, doit également évoluer en étant confronté à des forces opposées : paix et violence, beauté et laideur, bien et mal. Inspiré par la puissance divine et aidé par la sentinelle, c’est à lui de choisir librement le droit chemin pour se construire à l’image du Dieu.

L’humanité apparaît donc en plein centre de ce paradoxe qu’est la vie, celle-ci donnant indistinctement accès au bien et au mal. Or, la sentinelle, poussée par le désir de réalisation du projet divin, crée une présence dans le mal : la honte. Ce sentiment témoigne surtout de la conscience que nous avons du bien, et ce même lorsque l’humain se plonge dans l’acte mauvais. En s’introduisant au cœur même du mal, la sentinelle déclenche une réflexion chez celui en état de péché, démarrant ainsi une remise en question.

 

Ce combat entre le bien et le mal existe depuis le chaos initial. Par la honte que je fais naître, le danger annoncé peut déclencher une décision personnelle et consciente de changer d’attitude et d’éviter le mal.

(p. 29)

 

C’est l’humain qui est ici central. C’est lui qui doit effectuer cette prise de conscience pour ensuite avoir les capacités mentales d’y remédier. Cela vaut bien sûr pour ceux qui commettent des mauvaises actions, mais aussi pour ceux qui laissent constamment la colère les envahir ou qui se confortent dans leur tristesse. Ne faisant apparaître les introspections par l’intermédiaire de la honte que dans les cas les plus lourds, la sentinelle a cependant la plupart du temps recourt à l’amour pour remplir sa mission de mener l’homme à «une dimension plus élevée de sa condition terrestre, soit le spirituel. La tendresse est un attribut divin, et c’est par elle que la violence et la colère sont désarmées. Ainsi peut germer une semence de paix et de fraternité, dans le respect des différences entre les humains.» (p. 34) L’amour détruit la guerre, la tendresse atténue la colère et se rapprocher de Dieu nous éloigne de nos tristesses. Tout ça, la sentinelle l’a bien compris.

 

L’homme a besoin de la sentinelle, la sentinelle a besoin de l’homme

 

Nous l’avons bien compris, le rôle de la sentinelle, c’est de dévoiler au grand jour le potentiel de l’humanité en lui faisant comprendre qu’elle peut tendre vers le divin si elle reconnaît d’abord la présence de Dieu en elle. Néanmoins, ce projet est loin d’être à sens unique, puisque «à titre de sentinelle, [elle] [est] la terre d’asile qui accueille les diverses réalités de [notre] existence. Mais [elle] ne peu[t] créer seule, et pour que notre création fructifie, nous avons besoin l’un de l’autre.» (p. 55) C’est donc un programme se basant sur l’interdépendance qui se dévoile au lecteur.

La ligne est mince entre la confiance et l’orgueil. La sentinelle est là pour aider à surmonter les défis qui se dressent sur notre chemin, pour faire croître nos projets et pour réaliser nos rêves, mais c’est toutefois notre devoir de se munir de la cape de l’humilité afin de ne pas tomber dans le narcissisme ou l’égocentrisme. La sentinelle nous fait confiance, car nous sommes à l’image de Dieu. Elle nous aidera à tout mettre en place afin de maximiser notre réussite. C’est notre devoir de se montrer digne de Dieu et d’agir selon le dessein qu’il nous a réservé.

La sentinelle veut nous voir réussir. Mais la réussite ne se résume pas à des exploits qui ne font qu’alimenter l’autosuffisance et la comparaison avec autrui. La réussite est individuelle, et surtout, elle est étroitement liée à notre évolution personnelle. En effet, pour nous appuyer, la sentinelle se manifeste à nous sous le visage de l’intuition. Et pour bien entendre cette voix qui nous parle du plus profond de nous-même, il faut «accepter la non-intervention de Dieu dans [notre] prise de décision.» (p. 80) Dieu nous sait capable de briller par la beauté de nos actions pour ainsi ouvrir la porte qui nous mène vers le bonheur. Il nous sera alors aisé d’accéder ultimement à un monde d’amour, de paix et de fraternité.

 

C’est la multitude de “toi” qui fera de cette humanité une rencontre d’êtres spirituels, chacun unique et différent des autres, mais tous en quête du même idéal : celui de la réalisation de soi par l’entremise de l’amour divin.

(p. 117-118)

 

Du même auteur

 

Fernand Party a également publié trois ouvrages qui ont connu un certain succès : Le Promeneur et le Jardinier, L’Évangile de Marie-Madeleine et Le Passeur de l’Île d’Entrée.

 

À PROPOS DE SOPHIE ARCHAMBAULT

Candidate au doctorat en études littéraires à l’UQAM, Sophie lit et écrit pour mieux saisir l’humain, la société, mais surtout le monde dans lequel elle évolue. Oiseau de nuit, c’est en multipliant des lectures nocturnes sur la spiritualité et le phénomène religieux que son intérêt marqué pour le concept du sacré s’est doucement développé. Amoureuse de la nature et de ses dangereuses beautés, de la mythologie, de l’histoire de l’art et de tout ce qui requiert de la créativité, Sophie prend plaisir à se rencontrer elle-même à travers ces passions pour ensuite mieux s’ouvrir au monde qui l’entoure.

 

Les opinions exprimées dans les textes sont celles des auteurs. Elles ne prétendent pas refléter les opinions de la Fondation Père-Ménard. Tous les textes publiés sont protégés par le droit d’auteur.

 

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