Échos d'Évangile

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Par André Myre

Échos d'Évangile

14 mai 2025

Crédit photo : Tyree Adams / Unsplash

Si les deux paraboles qui suivent (Q 15,4-10) ont été composées séparément, elles ont été très tôt réunies pour être véhiculées ensemble. Il faut toutefois souligner que Matthieu ne rapporte que la première dans son évangile (18,12-14), peut-être disposait-il d’une version de la Source qui ne contenait pas la seconde.

1. Le petit récit qui suit, à considérer d’un bloc, vise à normaliser le comportement de Jésus qui l’amène à fréquenter les marginalisés.

 

Q 15,4 Si l’un d’entre vous, possesseur de cent brebis, arrive à en perdre une, ne va-t-il pas laisser les quatre-vingt-dix-neuf autres dans les montagnes pour partir à la recherche de celle qu’il a perdue? 5a Et qu’arrive-t-il quand il la trouve?

7 Je vous le dis, il éprouve alors plus de joie pour elle que pour les quatre-vingt-dix-neuf qui ne s’étaient pas égarées.

 

C’est le fait de tout le monde : on est davantage préoccupé par le cas d’un proche qui, pour une raison ou l’autre, est coupé de la cible de sa vie que par tous les autres qui vont raisonnablement bien. Cela arrive tous les jours et touche n’importe qui, que la personne soit responsable ou non de sa situation. Il y a toutes sortes de raisons qui font qu’un être humain est bouleversé, désorienté, perturbé, incapable de garder l’orientation de sa vie et même complètement arrêté en chemin.

Ses proches vont évidemment s’inquiéter et, dépendant des circonstances, des moyens et des personnalités, entreprendre des démarches pour lui venir en aide. Aussi, quand l’autre retombe sur ses pieds, celles et ceux qui lui sont venus en aide ressentent-ils plus de contentement de le voir aligné sur la cible de sa vie que de savoir le bien-être de tout leur entourage.

Et comme le bonheur de chacun est tributaire de celui de l’ensemble du groupe, il importe de ne laisser personne se perdre. Cette parabole est donc à mettre en lien avec la première parole de Jésus à ses partisans dans la Source : «Choyés les pauvres, […] les endeuillés, […] les affamés» (Q 6,20b-21). Les partisans de Jésus ne peuvent laisser ces marginalisés se perdre, et ils n’auront de joie que si, comme ce dernier, ils s’emploient à les rechercher et à les retrouver.

2. La deuxième parabole, parallèle à la première, met cette fois une femme en scène[1].

 

8 Ou encore, si une femme, qui a dix pièces d’argent, en perd une, ne va-t-elle pas allumer la lampe, balayer la maison et la chercher jusqu’à ce qu’elle la trouve? 9 Et après l’avoir trouvée, n’appelle-t-elle pas amies et voisines : Réjouissez-vous avec moi, j’ai retrouvé la pièce que j’avais perdue?

10 C’est ainsi, je vous le dis, qu’on se réjouit chez les messagers de Dieu lorsque même un seul égaré change la direction de sa vie.

 

Comme c’est un objet qui est perdu, le récit n’offre pas le même sens que la péricope précédente. Ce n’est donc pas l’intégrité d’un rassemblement humain qui est visé, mais la solidarité avec la femme énervée d’avoir perdu une pièce de monnaie, puis soulagée de l’avoir retrouvée[2]. Et c’est l’ensemble des femmes que celle-ci connaît qui sont interpellées à se réjouir avec elle (v 9). Cette femme, c’est la partisane de Jésus, laquelle a trouvé ce qui était perdu, et éprouve donc la même joie que ce dernier, joie partagée par ses consœurs.

Joie du berger qui ramène le mouton perdu, joie de la femme qui retrouve la pièce de monnaie perdue, joie d’un groupe humain réunifié ou solidaire, c’est tout un, mais ce n’est rien à comparer aux capacités du système de conduire les humains à leur perte et à fractionner la famille humaine. Aussi la seconde parabole se termine-t-elle sur la joie des anges. Les petites victoires ici-bas annoncent celle de l’instauration de régime de Dieu et la Joie qu’elle provoquera. Cette petite incursion dans le Ciel permet de ne pas se laisser submerger par le stress de la perte, ou par la désespérance face à l’efficacité de la Machine à fabriquer des perdus.

 

Notes :

 

[1] Même parallélisme homme-femme en Q 13,18-21.

[2] Les commentateurs ont tendance à dire que la drachme perdue avait peu de valeur, mais rien dans le texte ne le laisse entendre. C’est même aller à l’encontre du sens du récit que de dévaloriser ce dont la femme se soucie. Traditionnellement, d’ailleurs, la pièce grecque était considérée comme ayant la même valeur que le denier romain, soit l’équivalent d’une journée de travail. À 200 dollars la journée, la femme disposerait aujourd’hui de 2 000 dollars, une somme loin d’être insignifiante.

 

À PROPOS D’ANDRÉ MYRE

André est un bibliste reconnu, auteur prolifique et spécialiste des évangiles, particulièrement de celui de Marc. Il a été professeur à la Faculté de théologie de l’Université de Montréal. Depuis plusieurs années, il donne des conférences et anime des ateliers bibliques.

 

Les opinions exprimées dans les textes sont celles des auteurs. Elles ne prétendent pas refléter les opinions de la Fondation Père-Ménard. Tous les textes publiés sont protégés par le droit d’auteur.

 

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