Échos d'Évangile

Quand l’autre est perdu

Photo André Myre

Par André Myre

Échos d'Évangile

18 juin 2025

Crédit photo : aronskaya / Unsplash

Les scribes de la Source ont placé la péricope qui suit (Q 17,3-4) immédiatement après le verset qui disait la joie du Ciel quand un seul égaré retrouve son chemin (15,10).

Le texte interpelle la communauté des partisans et partisanes de Jésus à se comporter en conséquence. La parole est faite de deux morceaux d’abord composés séparément, puis unis par le thème.

 

Q 17,3 Ton frère s’est égaré?

Ramène-le.

Il change de direction?

Soutiens-le.

 

4 Il t’offense sept fois par jour?

Pardonne-lui sept fois.

 

Ensemble, les deux paroles visent le «frère» ou la sœur. Les scribes pensent à quelqu’un de très proche puisque les anicroches sont fréquentes. Mais les situations que les deux parties de la péricope ont en vue sont différentes : dans le premier cas, il s’agit d’un proche qui a «péché», non pas au sens d’avoir contrevenu à l’une ou l’autre directive de la Torah, mais à celui, beaucoup plus large et sérieux, d’être en train de rater la cible de sa vie. Il n’y a rien de pire qui puisse arriver à un être humain. L’autre cas, même si la situation peut être devenue insupportable, est plus léger : il s’agit des multiples accrochages qui peuvent survenir entre deux personnes qui se tombent mutuellement sur les nerfs.

1. On le sait les relations humaines sont choses délicates, et le contenu du premier morceau exige une interprétation soigneuse. Le «péché» du frère en question n’est pas de l’ordre d’une simple faute qu’un officiel ou une connaissance compréhensive est susceptible de pardonner. Le texte vise l’orientation de fond, les choix qui font l’être, les valeurs qui définissent une vie. Délicatement, les scribes tracent une direction, laissant aux lecteurs et lectrices le soin de discerner du comportement à adopter. La ligne de fond est la suivante : tu es responsable de ton frère ou de ta sœur, tu ne laisses personne s’égarer en t’en lavant les mains. Tu fais de ton mieux pour remettre l’autre face au chemin de son humanité, en direction de la cible de sa vie.

Et si, par chance, il décide de se réorienter, tu le soutiens autant que faire se peut. Cela n’est cependant possible qu’à échelle humaine, là où existe un climat de confiance, entre êtres humains capables de se regarder avec lucidité. Il faut toujours se souvenir de la parole de Matthieu : «Ne jetez pas vos perles aux cochons» (7,6). On ne pardonne pas sur commande à n’importe qui. Le pardon est impossible si l’autre décide de rester dans son inhumanité.

2. Les humains sont différents, les relations humaines sont souvent compliquées, les personnalités s’entrechoquent, plus ou moins fréquemment, plus ou moins sérieusement. Les scribes de la Source, qui réfléchissent sur le chemin qui n’a pas de bout tracé par Jésus, formulent une directive illimitée : il faut tout faire pour éviter de briser les liens, «il n’arrête pas de t’énerver, tu ne cesses pas de lui pardonner». À chacune, à chacun, de voir ce qu’il lui est possible de faire, compte tenu de sa situation, de son caractère, de sa patience. Compte tenu aussi de l’adage que répétait ma mère – dont je comprends le sens sans en connaître l’origine : «On n’ambitionne pas sur le pain béni!» Ou, comme disait jadis un de mes collègues : «Les limites ont des bornes!» Le discernement a toujours sa place.

La péricope sur le pardon est typique d’une parole d’évangile, fruit de la sagesse et de l’expérience. Elle ne se lit pas à la va-vite. Elle est une invitation faite à chacune, chacun, de considérer l’état de ses relations humaines, un constat qui permettra de voir si la cible de la vie est bien en face ou si elle a été perdue de vue.

 

À PROPOS D’ANDRÉ MYRE

André est un bibliste reconnu, auteur prolifique et spécialiste des évangiles, particulièrement de celui de Marc. Il a été professeur à la Faculté de théologie de l’Université de Montréal. Depuis plusieurs années, il donne des conférences et anime des ateliers bibliques.

 

Les opinions exprimées dans les textes sont celles des auteurs. Elles ne prétendent pas refléter les opinions de la Fondation Père-Ménard. Tous les textes publiés sont protégés par le droit d’auteur.

 

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