Suggestions de lecture

Oscar et la dame rose

photo Laurence Gagnon

Par Laurence Gagnon

Suggestions de lecture

4 mars 2026

Crédit photo : Laurence Gagnon

Oscar, dix ans, sait qu’il va mourir. À l’hôpital où il vit ses derniers jours, les médecins et ses parents le traitent différemment. Heureusement, il y a Mamie-Rose et ses histoires pour apaiser les inquiétudes d’Oscar et l’aider à s’expliquer ce qui lui arrive. Et, pour les moments difficiles, il y a Dieu.

Oscar et la dame rose est un court roman d’Éric-Emmanuel Schmitt qui s’inscrit dans un ensemble d’œuvres à contenu métaphysique intitulé Le cycle invisible. On y rencontre Oscar, un enfant atteint de leucémie qui comprend davantage que ce que la plupart des adultes autour de lui ne veulent admettre.

On assiste à ses douze derniers jours à travers les lettres qu’il écrit à Dieu. La dame rose, c’est Mamie-Rose, une aide-soignante qui se lie d’amitié avec Oscar et lui suggère de vivre comme si chaque jour à venir équivalait à dix années, permettant ainsi au garçon de vivre son adolescence, son âge adulte, et sa vieillesse, en véritable pied de nez à la mort.

 

Donner du sens à l’insensé

 

Lorsqu’on rencontre Oscar au début du récit, on constate immédiatement son trouble : il connaît son état, mais ne comprend pas les réactions qu’il observe autour de lui. Son médecin et ses parents changent d’attitude à son égard, ce qui accentue son sentiment d’aliénation. L’incompréhension fait bientôt place à la frustration, la colère, la peine, sentiments qu’il n’arrive pas à extérioriser. Mais la question principale qui le tourmente est la suivante : pourquoi? Pourquoi tout cela lui arrive-t-il? Qu’a-t-il fait pour mériter autant de souffrance?

Mamie-Rose est celle qui l’aide à répondre à ces questions, en les illustrant par des exemples colorés issus, dit-elle, de sa propre vie de championne de lutte libre. Des personnages aux noms ludiques — comme Plum Pudding, la lutteuse irlandaise qui avait peur de mourir — permettent à Oscar de comprendre ses propres craintes et de mieux faire face à l’inconnu.

C’est grâce aux paroles remplies d’humour de Mamie-Rose, qui le pousse à réfléchir, à faire preuve d’empathie, à prendre du recul sur ce qu’il vit, que le garçon commence à comprendre. Ses parents, eux aussi, ont peur et souffrent de le voir dépérir ; le docteur Düsseldorf se sent coupable de ne pas pouvoir en faire plus pour le sauver. Finalement, Oscar comprend qu’il n’a pas « mérité » ce qui lui arrive, et que la maladie n’est pas une punition, mais un fait.

En cessant de se replier sur son malheur, Oscar arrive à mieux saisir ce qui se passe autour de lui, et à mieux l’accepter.

 

La sérénité du moment présent

 

Avec la compréhension et l’acceptation vient une certaine forme de paix intérieure. C’est ce qui permet à Oscar de profiter de ses derniers jours et de vivre une vie complète en accéléré. Et c’est à Dieu qu’il raconte ses journées, sous forme de lettres quotidiennes.

Si Mamie-Rose lui offre les explications et le support dont il a besoin pour comprendre ce qui lui arrive, Dieu est l’interlocuteur qui tend l’oreille lorsqu’Oscar a besoin de se vider le cœur. Il lui décrit ses émotions, ce qui lui permet de mettre de l’ordre dans ce qu’il ressent, et de retrouver un équilibre émotionnel. C’est aussi par l’écriture quotidienne qu’Oscar atteint un certain sentiment d’accomplissement : il raconte à Dieu des journées bien remplies, où il tisse des liens d’amitié, parfois d’amour.

Dieu lui permet également d’avoir un regard tourné sur l’avenir. Même s’il sait qu’il ne sera plus là, Oscar souhaite que Dieu visite ses proches, qu’il veille sur eux à sa place. Il est le messager qui transmettra aux proches d’Oscar ce que lui-même n’aura pas le temps de leur dire, ce qui lui permet d’avoir la conscience tranquille.

Oscar perçoit aussi la présence de son fidèle correspondant dans les petites choses du quotidien et voit la beauté qui l’entoure : par exemple, les couleurs de l’aube alors que tout le monde dort encore, y compris les oiseaux. L’enfant prend le temps de savourer le moment présent, en notant chaque détail, chaque perception de ses sens, et d’y trouver une sorte de sérénité, avant de tout écrire à l’intention de son correspondant, mais aussi, pour immortaliser la beauté de cet instant.

Dieu est donc une synthèse de tout ce qu’Oscar a besoin pour se rendre jusqu’au bout de son périple. Il prend la forme d’un ami chez qui on cherche du réconfort, avec l’assurance qu’il sera là dans nos moments les plus difficiles ; celle d’un être magique qui peut exaucer nos souhaits ou transmettre des messages à nos proches ; celle d’une présence qui se trouve partout autour, pour rappeler à Oscar de trouver la beauté dans les choses simples du quotidien.

Éric-Emmanuel Schmitt trouve dans son écriture la bonne balance entre l’innocence et cette étonnante lucidité dont les enfants sont capables, et qui est parfois ignorée par les adultes. Il met aussi en lumière qu’au final, la spiritualité peut prendre plusieurs formes et peut être vécue d’une multitude de façons, pourvu qu’elle réponde à notre besoin d’équilibre et de paix intérieure. Oscar trouve cet équilibre en donnant corps à ce besoin de spiritualité : Dieu, son fidèle correspondant, mais aussi Mamie-Rose, son amie et sa source de savoir, qui le guident tous les deux, à leur façon, vers son dernier jour.

Pour Oscar, la lumière n’est pas au bout du tunnel : elle est déjà là, autour de lui.

 

À PROPOS DE LAURENCE GAGNON

Laurence est une passionnée des lettres depuis toujours. Détentrice d’une maîtrise en langue et littérature françaises de l’Université McGill, elle s’intéresse à ce que le texte littéraire peut dire sur l’être humain et son rapport au monde qui l’entoure. Curieuse de nature, elle aime apprendre sur différentes cultures et leurs manières d’envisager la spiritualité et les relations avec la communauté. Ses passe-temps vont de la marche en forêt au cinéma japonais, en passant par la littérature des Premières Nations et la musique classique.

 

Les opinions exprimées dans les textes sont celles des auteurs. Elles ne prétendent pas refléter les opinions de la Fondation Père-Ménard. Tous les textes publiés sont protégés par le droit d’auteur.

 

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