Suggestions de lecture

Montréal de clocher en clocher

Par Sophie Archambault

Suggestions de lecture

2 septembre 2026

Crédit photo : Sophie Archambault

Ce livre de François Guillet, publié en 2023, convie le lecteur à une déambulation singulière au cœur de la métropole, où l’attention se porte sur le patrimoine bâti religieux. L’auteur nous transporte d’une église à l’autre afin de découvrir leur histoire ainsi que leur beauté.

Il propose ainsi de reconsidérer notre rapport à ces édifices aujourd’hui négligés, mais qui ont pourtant contribué à forger l’identité de Montréal.

À la fin du XIXᵉ siècle, Montréal s’est vue attribuer le titre de « ville aux cent clochers », tant la présence d’églises marquait, déjà à l’époque, l’esthétisme de la métropole. Cette formule devrait toutefois être revue à la hausse, car c’est aujourd’hui deux cent quatorze églises et bon nombre de lieux de culte d’autres religions qui ponctuent Montréal. Or, malgré l’omniprésence de ces édifices religieux, force est de constater qu’ils sont désormais très peu fréquentés, conséquence du déclin du catholicisme des dernières décennies et de la sécularisation progressive de la société.

Comment, dès lors, garder vivantes ces églises qui ont non seulement façonné le paysage montréalais, mais aussi son histoire et sa culture? Pour François Guillet, l’auteur du livre Montréal de clocher en clocher, contrer le désintérêt collectif à l’égard des églises se fait d’abord et avant tout de manière toute simple, c’est-à-dire en allant à leur rencontre.

 

La meilleure façon d’éviter la perte de notre patrimoine bâti religieux, c’est de le redécouvrir, de s’y intéresser et de le visiter.

(p. 12)

 

C’est donc à la fois dans l’optique de raconter les histoires qui entourent les édifices religieux de Montréal, mais aussi dans la visée de montrer leurs prouesses artistiques et architecturales, que François Guillet propose à ses lecteurs de découvrir la métropole à travers la visite de trente-quatre églises ainsi que cinq lieux de culte issus d’autres traditions religieuses. D’ailleurs, ce n’est pas qu’avec les mots que l’auteur mène à bien son projet, mais aussi à l’aide du croquis urbain, médium grâce auquel il parvient à transmettre la beauté et la diversité de ces monuments religieux. Par l’entremêlement du récit et du dessin, François Guillet nous convie ainsi à voir d’une tout autre manière les églises de Montréal, en nous invitant à franchir à la fois le seuil de leurs portes et celui de leurs histoires.

 

Parcourir l’histoire socioreligieuse de Montréal grâce à ses églises

 

Parcourir les églises de Montréal éclaire sans aucun doute la manière dont se sont formés certains villages et quartiers, car «c’est souvent autour d’une église que prenaient forme les premiers balbutiements d’une nouvelle localité.» (p. 10) À cet égard, François Guillet rappelle que la construction de plusieurs églises est liée aux besoins d’une population en pleine croissance, qui réclamait des lieux de culte adaptés afin d’y vivre leur foi. C’est le cas de la paroisse Saint-Édouard, qui en s’occupant «à la fois d’une église, d’un couvent, d’un hôpital, d’un hospice, d’une salle paroissiale et de quatre écoles» (p. 76), a grandement contribué au développement du Petit Nord.

Les églises montréalaises se font d’autant plus les témoins des missions qui animent les différentes congrégations religieuses ayant marqué l’histoire de la métropole.

 

Les églises nous amènent à découvrir les congrégations religieuses qui vivent et œuvrent entre leurs murs. Chacune de ces congrégations à sa mission et sa dévotion qui lui sont propres.

(p. 10)

 

C’est le cas de l’église de Gesù, qui reflète bien la vocation des Jésuites. En effet, pour ces derniers, le cheminement spirituel et l’éducation vont de pair. Si «l’église de Gesù était initialement une chapelle collégiale, servant non seulement aux élèves, mais aussi aux pères jésuites et au public» (p. 43), ce désir d’éduquer est encore aujourd’hui palpable. En effet, l’église accueille à ce jour diverses activités collégiales, culturelles et artistiques. D’autres communautés religieuses, comme les Sœurs de Sainte-Anne, ont quant à elles œuvré, notamment sur les sites du Collège Sainte-Anne, de l’église Saints-Anges-de-Lachine et de l’église St. Stephen, à l’intégration sociale de groupes en situation de vulnérabilité, en particulier les femmes et les personnes immigrantes. Au fil des pages de Montréal de clocher en clocher, on découvre bien vite l’ampleur du rôle joué par les congrégations religieuses, qui ont transformé les églises en véritables lieux d’hospitalité où tous sont les bienvenus.

Il convient également de souligner la présence et l’apport de diverses communautés ethnoculturelles à la vie chrétienne de la ville. Celles-ci se rassemblent au sein de différentes églises – l’église Saint-Patrick pour les Irlandais, l’église Holy Ghost pour les Ukrainiens ou encore la cathédrale melkite Saint-Sauveur pour les Syriens –, lieux qui témoignent à la fois de leur histoire migratoire, mais également du fort engagement chrétien dont ces communautés font preuve.

 

Les églises de Montréal, des bijoux architecturaux et artistiques

 

Toutefois, c’est d’abord à travers le regard de François Guillet que le lecteur entre lui aussi en contact avec la splendeur des églises de Montréal. Ce regard, qui se traduit à travers les croquis et les descriptions des églises, capte l’ambiance propre à chaque lieu de culte et nous invite à nous projeter nous-mêmes au cœur de ceux-ci.

Présentées comme de véritables bijoux d’architecture néogothique, néoclassique, baroque ou encore byzantine, les églises suscitent chez l’auteur des émotions variées. Lors de sa visite de la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, François Guillet évoque le «spectacle impressionnant» (p. 16) des plafonds ornés de motifs et de la vaste nef rythmée par ses arcs en plein cintre. À l’opposé, d’autres églises, par l’élégance de leurs rosaces et l’atmosphère solennelle qu’elles dégagent, invitent plutôt «au plus tranquille recueillement» (p. 89), comme c’est le cas de l’église Saint-Michel-Archange.

Faisant office d’«écrins pour d’exceptionnels joyaux d’art» (p. 9), les églises montréalaises sont également des lieux où s’immortalise le talent de certains artistes dont les œuvres transforment parfois les édifices religieux en véritables musées. On pense notamment à Guido Nincheri, dont les vitraux colorent de nombreuses églises montréalaises, à Joseph-Olindo Gratton, à qui on doit les remarquables statues de la basilique Marie-Reine-du-Monde, ou encore à Ozias Leduc, figure incontournable de la peinture au Québec. Passant de l’émerveillement à la contemplation, François Guillet révèle ainsi, au fil de l’ouvrage, la richesse architecturale et ornementale des églises montréalaises, dont certaines n’ont d’ailleurs rien à envier aux grandes églises que l’on admire ailleurs dans le monde.

 

Je ne saurais trop vous inviter à vous rendre sur place et à visiter ces lieux de culte, afin de contempler leurs beautés de vos propres yeux et de faire vous-même l’expérience de la sereine quiétude qui y règne.

(p. 13)

 

Or, François Guillet ne manque pas de rappeler que ce patrimoine religieux bâti est aujourd’hui en péril. En contraste avec la magnificence de certaines églises, d’autres, telles que l’église Sacré-Cœur-de-Jésus ou l’église Saint-Gabriel, se trouvent dans un état avancé de décrépitude. Quel sort sera réservé à ces édifices si rien n’est fait pour les préserver? C’est pourquoi il apparaît primordial, pour l’auteur, de sensibiliser la population à l’importance de la préservation des églises, afin d’éviter que celles-ci ne soient ultimement détruites, et avec elles une part de la culture de Montréal.

Après la lecture de Montréal de clocher en clocher, il devient bien difficile de rester de marbre face à ces églises que l’on se contentait autrefois de regarder sans véritablement voir. L’ouvrage, ultimement, invite à sortir de la lecture pour aller concrètement à la rencontre de ces monuments religieux, ces véritables trésors montréalais qu’il importe plus que jamais de (re)découvrir.

 

À PROPOS DE SOPHIE ARCHAMBAULT

Candidate au doctorat en études littéraires à l’UQAM, Sophie lit et écrit pour mieux saisir l’humain, la société, mais surtout le monde dans lequel elle évolue. Oiseau de nuit, c’est en multipliant des lectures nocturnes sur la spiritualité et le phénomène religieux que son intérêt marqué pour le concept du sacré s’est doucement développé. Amoureuse de la nature et de ses dangereuses beautés, de la mythologie, de l’histoire de l’art et de tout ce qui requiert de la créativité, Sophie prend plaisir à se rencontrer elle-même à travers ces passions pour ensuite mieux s’ouvrir au monde qui l’entoure.

 

Les opinions exprimées dans les textes sont celles des auteurs. Elles ne prétendent pas refléter les opinions de la Fondation Père-Ménard. Tous les textes publiés sont protégés par le droit d’auteur.

 

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