Guidé par la volonté de Dieu, le père Michel Legault, M.S.A., a très tôt découvert sa passion pour le partage du savoir et de la foi, consacrant sa vie au service de l’Église et des communautés qu’il a rencontrées. Dans cette entrevue exclusive, il revient sur son parcours exceptionnel et sur les expériences marquantes qui ont jalonné sa vie ici et ailleurs.
Michel est né en 1935 sur Le Plateau-Mont-Royal, au sein d’une famille croyante et aimante. Sa mère aimait chanter et jouer du piano. C’est elle qui lui donna ses premières leçons. Son père travaillait à Postes Canada. «On priait le chapelet et nous faisions également la prière du soir en famille; on allait à la messe le dimanche et on assistait aux vêpres. Papa faisait partie de l’Adoration nocturne, et nous amenait parfois à la chapelle du Sacré-Cœur de la Basilique Notre-Dame pour une heure d’adoration devant le Saint-Sacrement», raconte-t-il.
Aîné de neuf enfants – trois garçons et six filles –, il a grandi entouré des siens dans un milieu rempli d’amour, de foi et tendresse. Atteint d’asthme, il ne pouvait pas bouger autant que les autres enfants. Ainsi, dès la quatrième année du primaire, il s’adonne avec plaisir à la lecture et devient très tôt un lecteur assidu. Par exemple, vers l’âge de dix ans, il dévore trois magnifiques livres de Felix Leclerc – Adagio, Allegro et Andante – découverts dans la bibliothèque de son père. Ces livres l’enchantent.
Dans ce foyer profondément croyant, la question de la vocation religieuse se posait naturellement. Son père lui a d’ailleurs confié que, plus jeune, il avait voulu devenir prêtre, mais que le manque d’argent l’en avait empêché. De plus, quand Michel annonça à sa mère qu’il entrait chez les Missionnaires des Saints-Apôtres pour devenir prêtre, elle lui fit cette confidence : «Michel, depuis le premier jour de mon mariage, j’ai prié chaque jour un Je vous salue Marie pour que l’un de mes enfants devienne prêtre.» Dans le Québec des années 1940, bien des familles souhaitaient compter un prêtre ou une religieuse parmi leurs enfants, et ce désir familial a sans doute contribué à orienter le parcours de Michel.
L’amour du savoir et de l’enseignement
Michel a toujours aimé l’école. Apprendre, découvrir, comprendre : tout l’enthousiasmait. Il garde le souvenir d’un système scolaire exigeant, mais passionnant. «On nous apprenait à réfléchir. Chaque jour, il y avait de l’analyse logique, de l’analyse grammaticale. On apprenait par cœur des vers de poésie, on faisait des dictées.»
Alors qu’il était en troisième année du primaire, un Frère de l’Instruction chrétienne, frère Patrice, est venu rendre visite à son école. Ce vieux missionnaire d’Haïti raconta alors aux enfants son travail dans ce pays qui leur semblait si lointain. Sa visite marqua Michel profondément, au point tel qu’à l’âge de ses douze ans, il rejoint à son tour le juvénat de cette même communauté à La Prairie. Désireux de devenir missionnaire, il ajoute aux trois Ave Maria de sa prière du soir un Je vous salue, Marie afin que ce souhait se concrétise.
Après avoir fini ses études secondaires, il entre au noviciat à Oka, où il s’adapte rapidement à la vie communautaire, et où il devient officiellement Frère de l’Instruction chrétienne. À dix-huit ans, diplôme d’enseignement en main, il entame alors sa carrière d’enseignant à l’école primaire Saint-Stanislas de Montréal. «J’ai consacré soixante-quatre ans de ma vie à enseigner, toujours avec passion», confie-t-il.
Parallèlement à son travail d’enseignant, Michel poursuit des études supérieures. Bien qu’il ait toujours eu un attrait pour les sciences, il accepte, à la demande de son supérieur, de suivre plutôt la voie de la philosophie et complète sa licence dans cette discipline à l’Université d’Ottawa. « Je n’en suis pas sorti indemne : ces études ont allumé des étincelles en moi que j’ai souhaité communiquer à mes nombreux étudiants. »
Devenir prêtre
Pendant mon noviciat, j’ai lu un livre sur la vie de Saint François Xavier, l’un des plus grands missionnaires jésuites de l’histoire, et je me suis demandé si la prêtrise était ma véritable vocation. Je n’étais pas sûr, j’avais des doutes. Pendant des années, j’ai prié, cherchant une réponse.
Finalement, en 1967, avec l’accord de son supérieur général, Michel décide de répondre positivement à l’appel au sacerdoce. Il prend alors rendez-vous avec le père Rémi Couture, supérieur général de la Société des Missionnaires des Saints-Apôtres, qui est une communauté fondée par le père Eusèbe-Henri Ménard, O.F.M., pour accueillir les vocations adultes. On y reconnaît que l’appel au sacerdoce peut surgir bien au-delà de la jeunesse, au cœur de parcours de foi déjà façonnés par l’expérience de la vie.
En juin 1969, il termine ses études en théologie à l’Université Saint-Paul d’Ottawa. Alors qu’il envisageait de poursuivre des études supérieures à Paris – il était déjà prêt pour ce voyage! – la Providence en a décidé autrement. Son nouveau supérieur lui demande de se rendre au Cameroun afin d’assister le père Jean-Paul Roy, M.S.A., recteur fondateur du Séminaire des Saints-Apôtres à Otélé, où il sera professeur et formateur de futurs prêtres. Au cours de cette mission, il aura même le privilège d’enseigner à six évêques et un cardinal.
Avant de partir pour l’Afrique, Michel s’engage à compléter sa maîtrise en philosophie sociale à l’Université catholique de Paris en une seule année. Il faudra toutefois qu’un confrère le remplace à Otélé durant cette période. La demande est acceptée et Michel non seulement termine sa maîtrise, mais obtient également son habilitation au doctorat. Après avoir complété ses études, il est ordonné prêtre le 10 juillet 1971. Le 3 septembre suivant, il s’envole vers le Cameroun.
Un missionnaire en Afrique
Le père Michel est arrivé au Cameroun grâce au soutien financier de l’ACDI[1], qui constituait par ailleurs une source de revenus importante pour le séminaire d’Otélé, où il allait travailler. Ce séminaire se trouvait à environ soixante kilomètres de Yaoundé, la capitale du pays. Toutefois, ce premier séjour s’annonce éprouvant : les débuts ne sont pas sans difficulté, et il doit rapidement faire face à des défis tant humains qu’institutionnels et sanitaires.
«Une nuit, des bandits enfoncent les portes du garage de la Mission et s’emparent de l’argent. Quelques séminaristes et moi, nous nous précipitons à leur recherche. Soudain, le gardien de nuit envoie sa lance sur l’un d’eux qui était caché derrière un buisson, comme s’il visait du gibier. L’adolescent a survécu de justesse, mais la scène m’a profondément traumatisé.»
Très fatigué en raison du manque de sommeil et de la perte de paix intérieure à la suite de cet épisode, et de surcroît atteint de malaria, Michel envisage de quitter le Cameroun. Il retourne à Montréal pour une courte période de repos et afin de subir des examens médicaux. Il décide alors de faire un pèlerinage au sanctuaire Notre-Dame-de-Lourdes, où il se confie à Marie. Soutenu par la Grâce, il prend alors la décision de retourner au Cameroun. Il y restera onze ans.
Un jour, il reçoit une nouvelle extraordinaire : le supérieur général de sa communauté lui demande de retourner à Paris afin d’y terminer son doctorat. Michel avait déjà fait une croix sur ce projet, mais il accepte le défi et obtient finalement son diplôme en juin 1984. Il rentre ensuite au Canada pour une période de quatre ans afin d’y servir comme conseiller général, tout en renouant avec l’enseignement de la philosophie. À la fin de son mandat, on lui demande de retourner au Cameroun pour y fonder un institut de philosophie destiné aux religieux. Michel repart donc pour ce pays, où il aura vécu au total vingt-et-un ans.
À son retour au Cameroun, il s’implique activement à la fondation de l’Institut de Philosophie Saint-Joseph-Mukasa à Yaoundé, avec l’aide d’autres communautés religieuses telles que les Oblats de Marie Immaculée, la Société de l’Apostolat Catholique et les Fils de l’Immaculée Conception. L’institut sera officiellement créé en 1989. Cet établissement s’inscrit dans le cadre du développement de l’enseignement supérieur ecclésiastique au Cameroun et vise à offrir une formation philosophique solide aux futurs prêtres de l’Afrique francophone avant de débuter leurs études de théologie.
Nous avons voulu honorer la foi de saint Joseph Mukasa Balikuddembe, l’un des dix-neuf martyrs d’Ouganda, exécuté au XIXᵉ siècle pour son refus de trahir sa foi chrétienne. Mukasa était le catéchiste des jeunes martyrs. Il a été canonisé par le pape Paul VI en 1964.
Retour en Amérique
À la fin de l’année 1997, père Michel quitte le Cameroun. Il est alors invité à enseigner au Holy Apostles College and Seminary à Cromwell, dans l’état du Connecticut aux États-Unis. «J’y suis resté pendant vingt ans : des années riches et mémorables au cours desquelles j’ai eu le privilège d’enseigner à des jeunes et à des adultes, religieux et laïcs de tout âge, venus de tous les continents.»
L’un des accomplissements dont il est le plus fier est d’avoir participé à la création d’un programme de formation pour les diacres permanents. Ce programme est destiné à offrir aux hommes mariés une formation complète alliant les dimensions humaines, spirituelles, intellectuelles et pastorales, conformément aux normes de l’Église catholique. Grâce à cette formation, les diacres sont habilités à proclamer l’Évangile, prêcher, assister à la célébration de l’Eucharistie, célébrer certains sacrements ainsi qu’exercer diverses fonctions d’accompagnement pastoral au service de la communauté.
Père Michel Legault, M.S.A., est aujourd’hui à la retraite. Mais c’est une retraite des plus actives! À 90 ans, il continue d’écrire et de traduire des articles et des livres, tout en partageant sur Internet le contenu des cours qu’il a dispensés, notamment en philosophie, spiritualité, éducation et formation pastorale. L’esprit toujours vif, il nourrit de nombreux projets, notamment la rédaction d’un recueil de récits, retraçant des épisodes marquants de sa vie et mêlant souvenirs, anecdotes et réflexions personnelles.
Note :
[1] L’Agence canadienne de développement international (ACDI) était une agence gouvernementale chargée de gérer les programmes d’aide internationale (santé, éducation, gouvernance, aide humanitaire, etc.) dans les pays en développement. En 2013, elle a été fusionnée avec le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international pour former Affaires mondiales Canada, qui gère aujourd’hui l’aide internationale canadienne.
À PROPOS DE MIRIAM CASTRO
Passionnée de voyages et de découvertes culturelles, Miriam choisit de s’établir au Québec. Titulaire d’une formation en administration philanthropique et en gestion de projet à l’HEC Montréal, ainsi que d’une maîtrise en communication de l’UQAM, elle occupe depuis plus de treize ans le poste de directrice générale de la Fondation Père-Ménard. Lorsqu’elle n’est pas en train de courir pour faire sa méditation en mouvement, elle aime lire, regarder des films et des séries ou partager un bon repas avec les gens qu’elle aime.
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