Suggestions de visionnement

Les Innocentes

Par Sophie Archambault

Suggestions de visionnement

19 août 2026

Photo prise du site The Hollywood reporter.

Dans ce film – réalisé par Anne Fontaine en 2016 et inspiré de faits réels, des religieuses polonaises voient leur foi vaciller après l’irruption de soldats soviétiques dans leur couvent en 1945. Elles traversent alors une épreuve d’une violence inouïe, au cœur de laquelle surgit une question aussi douloureuse que nécessaire : la foi peut-elle survivre à la plus grande des souffrances?

La fin de la guerre ne signe pas toujours la fin de la souffrance. Mathilde Beaulieu, jeune médecin de la Croix-Rouge française, en sait quelque chose. Envoyée en 1945 près de Varsovie dans le cadre d’une mission médicale au cœur d’une Pologne ravagée par la Seconde Guerre mondiale, elle est quotidiennement confrontée à la douleur des soldats et des civils blessés.

Rien, cependant, ne la prépare à la visite soudaine d’une religieuse affolée, venue la supplier de porter secours à l’une de ses sœurs dans un couvent bénédictin voisin. Une fois sur place, Mathilde découvre avec stupeur qu’une jeune religieuse est sur le point d’accoucher. Malgré la détresse de celle-ci, qui refuse parfois d’être touchée ou de recevoir les soins nécessaires, Mathilde parvient ‒ non sans difficulté ‒ à l’accompagner jusqu’à la naissance de l’enfant.

Très vite, la jeune médecin comprend qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé. Les murs du couvent n’abritent pas seulement une communauté de sœurs, mais aussi un terrible secret que ces religieuses ont tenté, durant plusieurs mois, d’ensevelir sous le poids de la honte et de la peur. Pour venir en aide à cette communauté religieuse, Mathilde devra ainsi peu à peu s’ouvrir à un monde dont elle ignore presque tout, jusqu’à en venir à comprendre et à aimer ces femmes pour qui croire est devenu un combat de tous les jours.

 

Le fardeau du silence

 

À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les soldats soviétiques, après avoir chassé les Allemands de la Pologne, circulent à travers les campagnes et les villages de ce pays. Soeur Maria, une religieuse avec qui Mathilde se lie d’amitié, révèle alors à cette dernière que ces mêmes soldats sont passés par leur couvent, où ils ont violé toutes les religieuses, laissant quelques-unes d’entre elles enceintes. Si ce drame constitue le point de départ du film, il est impératif, pour ces femmes, qu’il demeure caché, car sa révélation risquerait d’entraîner des conséquences encore plus dévastatrices pour elles, mais aussi pour le couvent.

En effet, dans la Pologne de l’après-guerre, s’installe progressivement un régime communiste méfiant à l’égard des institutions religieuses, lesquelles obéissent avant tout à Dieu plutôt qu’au Parti. Dans un tel contexte, la révélation de ce drame risquerait non seulement d’attirer l’attention des autorités communistes ‒ qui en profiteraient pour compromettre l’existence du couvent ‒, mais aussi de jeter le déshonneur sur une communauté de femmes religieuses ayant prononcé des vœux de chasteté. Car quoi de plus inconcevable, en 1945, aux yeux du monde comme de l’Église, qu’une religieuse enceinte? Il ne reste alors, pour ces femmes, que le silence. Un silence imposé, subi, aliénant, mais nécessaire; un silence qui, tout en cherchant à préserver leur couvent, ébranle peu à peu leur foi.

 Du monde extérieur, seule Mathilde portera donc le lourd secret de ce couvent. Si elle songe d’abord à faire appel à d’autres médecins pour venir en aide aux religieuses enceintes, elle se laisse progressivement toucher par leur résilience et les épreuves spirituelles qu’elles traversent. De celle qui soigne le corps, elle devient aussi celle qui soigne le cœur : une alliée précieuse, mais aussi la gardienne de leur secret ‒ pour le pire parfois, mais surtout pour le meilleur.

 

Donner la vie

 

Pour ces religieuses ayant fait vœu de chasteté, la grossesse issue d’une agression ne peut apparaître que comme une épreuve profondément brutale. Effectivement, lors de la première visite de Mathilde au couvent, les sœurs enceintes portent leur enfant dans la honte, la peur et l’incompréhension, incapables d’habiter un corps devenu, pour elles, totalement étranger, et dans lequel elles peinent désormais à reconnaître la présence de Dieu.

 

La foi, c’est vingt-quatre heures de doute pour une minute d’espérance.

Maria

 

Si certaines nient leur grossesse ou refusent, après l’accouchement, d’entrer en contact avec le nouveau-né, d’autres découvrent toutefois peu à peu un lien inattendu avec leur bébé, et s’attachent profondément à lui. Pour quelques-unes, l’accouchement ravive le drame dans toute sa violence; pour d’autres, il marque au contraire la possibilité d’enfin tourner la page. La maternité entraîne ainsi les sœurs à repenser autrement leur manière de croire ainsi que leur vocation religieuse. Dès lors, il ne s’agit plus seulement de survivre au traumatisme, mais de se demander comment continuer à avoir la foi dans un corps meurtri, mais toujours habité par l’amour de Dieu et, parfois simultanément, par celui de l’enfant.

Et c’est avec l’aide de Mathilde qu’elles y arriveront ‒ Mathilde qui ne juge pas; Mathilde qui comprend autant celles qui décident de partir du couvent que celles qui y restent; Mathilde qui devient aussi, pour certaines sœurs, la preuve que Dieu est toujours avec elles.

 

 

A PROPOS DE SOPHIE ARCHAMBAULT

Candidate au doctorat en études littéraires à l’UQAM, Sophie lit et écrit pour mieux saisir l’humain, la société, mais surtout le monde dans lequel elle évolue. Oiseau de nuit, c’est en multipliant des lectures nocturnes sur la spiritualité et le phénomène religieux que son intérêt marqué pour le concept du sacré s’est doucement développé. Amoureuse de la nature et de ses dangereuses beautés, de la mythologie, de l’histoire de l’art et de tout ce qui requiert de la créativité, Sophie prend plaisir à se rencontrer elle-même à travers ces passions pour ensuite mieux s’ouvrir au monde qui l’entoure.

 

Les opinions exprimées dans les textes sont celles des auteurs. Elles ne prétendent pas refléter les opinions de la Fondation Père-Ménard. Tous les textes publiés sont protégés par le droit d’auteur.

 

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