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Sur la fin du document, la Source va à l’essentiel : la foi ou confiance. Deux péricopes (Q 17,6.20-21) se suivent, disparates seulement selon les apparences.
1. La première porte explicitement sur la confiance. Fidèle au mode d’expression du Nazaréen, l’imagerie est exagérée à l’extrême, jusqu’à l’impossible même :
Q 17,6 Si vous aviez une confiance grosse comme un grain de moutarde, vous diriez à ce mûrier :
Déracine-toi et va te planter dans la mer.
Et il vous obéirait.
Façon de dire qu’un minimum de confiance fait des merveilles. Pour en vivre, il faut cependant s’appuyer sur une expérience réelle de la confiance. Celle-ci, loin d’être certitude inébranlable ou acceptation docile d’une doctrine révélée, est toujours un choix aux conséquences incertaines fait à l’intérieur d’un tourbillon d’inquiétudes. C’est particulièrement vrai dans le contexte de l’évangile : puis-je m’y fier, je vais devenir un être humain décent si j’aligne ma vie sur les choix de Jésus? ai-je les reins assez solides pour vivre en marge du puissant système qui régit ma société et mon Église? y a-t-il vraiment un Au-delà digne de foi?
C’est dans un contexte vital, au cours duquel ces questions font leur ravage, que je suis interpellé à dire, peut-être d’une toute petite voix : j’ai confiance. Et, à deux mille ans de distance, les Anciens m’assurent que cette toute petite chose, à l’intérieur du monde désespérant dans lequel je vis, a le pouvoir de faire des merveilles. Les drones, les missiles, les bombes, les tarifs, l’intelligence artificielle, les milliards ne peuvent rien contre elle. Car elle est fabrique d’humains, alignée sur la réussite de la vie, alors qu’eux ne peuvent que se perdre avec leur entreprise de destruction de tout ce qui est humain.
2. La seconde péricope creuse encore la question de la confiance. À peine vingt ans après la mort de Jésus, on soulevait déjà le problème de la venue du régime de Dieu. Vingt ans, c’était la moitié d’une vie normale à l’époque, et toujours pas de régime de Dieu. On l’attend ou on l’attend pas?
– 20 Le régime de Dieu, c’est pour quand? se fait-il demander.
– La venue du Régime de Dieu ne s’observe pas, leur répond-il.
21 Impossible de dire : Le voici! Le voilà ! puisqu’il est en vous…
La péricope, une des rares à parler au présent de ce régime de Dieu que Jésus envisageait dans le futur, place l’existence chrétienne au premier plan. L’appel est à faire confiance à l’espérance, laquelle est à vivre quotidiennement. Le régime de Dieu, c’est la cible de la vie, c’est l’orientation du chemin qui n’a pas de bout, c’est le tracé, c’est la Réalité ultime, le Sens qui rend la vie humaine significative. Dans l’Histoire, le régime de Dieu n’arrive pas et est invisible. Mais il est présent dans la boussole intérieure des humains, laquelle est orientée vers lui, et, au fil des jours, rend de plus en plus humain quiconque lui fait confiance. Le régime de Dieu, il n’est donc pas ailleurs, ici ou là, il est chez elle, chez lui, chez moi qui marchons vers lui… Il est chez quiconque a pris sur lui ou elle de vivre des orientations tracées par la Source à la suite des lignes de vie suivies par Jean et Jésus. C’est tout petit, un tel être humain, mais ça fait trembler l’Inhumain. Confiance!
À PROPOS D’ANDRÉ MYRE
André est un bibliste reconnu, auteur prolifique et spécialiste des évangiles, particulièrement de celui de Marc. Il a été professeur à la Faculté de théologie de l’Université de Montréal. Depuis plusieurs années, il donne des conférences et anime des ateliers bibliques.
Les opinions exprimées dans les textes sont celles des auteurs. Elles ne prétendent pas refléter les opinions de la Fondation Père-Ménard. Tous les textes publiés sont protégés par le droit d’auteur.




