Suggestions de lecture

Du fond de ma cabane. Éloge de la forêt et du sacré

Par Sophie Archambault

Suggestions de lecture

30 septembre 2026

Crédit photo : Sophie Archambault

Écrivain et médecin, Jean Désy signe ce recueil de quatorze textes prenant la forme de méditations sur le monde.

Il s’agit à la fois d’une célébration de la forêt et d’une invitation à considérer la cabane comme un espace privilégié où l’humain peut tisser un lien intime non seulement avec la nature, mais aussi avec le sacré.

 

Ralentir le temps, appartenir au monde

 

À cette ère de la publicité omniprésente, des impératifs du monde du travail et des injonctions à la réussite dans tous les domaines de la vie, il est facile de se perdre dans l’agitation du monde. Il devient alors primordial de revenir aux sources. Cette expérience d’un retour à la simplicité de la vie peut, selon Jean Désy, se vivre par l’intermédiaire de la cabane dans la forêt.

 

Vous vivez en forêt, dans une cabane […]. Là, vous trouvez le temps de penser, vous avez tout le loisir d’être seul […], mais aussi d’écrire et de rêver […]. Ailleurs, le temps est une rareté. Ailleurs, la course pour la vie devient folle trop souvent.

(p. 11)

 

Le temps: c’est sans doute ce que l’on gagne de plus précieux lorsqu’on choisit de se retirer momentanément dans une cabane, que ce soit à l’occasion d’une retraite dans un chalet, d’une expédition de camping où l’on dort sous une tente, ou d’un séjour dans un refuge isolé en pleine nature. Nous pouvons alors prendre le temps de ralentir le rythme effréné de la vie, de nous arrêter vraiment. Mais il devient également possible d’enfin porter attention à cette nature qui nous entoure, trop souvent reléguée à l’arrière-plan de notre existence, tant nous sommes absorbés par la course incessante de nos vies.

Lorsque nous habitons une cabane, quelque chose en nous se rend plus disponible au monde qui nous entoure. Nous sommes plus disposés à écouter le chant discret d’un ruisseau, à ressentir la terre humide sous nos pieds, ou même à voir toute la puissance du charme sauvage de l’épinette.

Ces véritables beautés de la nature, pour Jean Désy, ce sont des «frissons d’éternité» (p. 117), des instants où le temps semble se suspendre en même temps que notre présence au monde s’approfondit.

En effet, qui ne s’est jamais émerveillé devant un paysage sylvestre à couper le souffle? Qui n’a jamais éprouvé une paix soudaine en entendant le bruissement des feuilles dans le silence de la forêt?

Qui n’a jamais été saisi par l’ambiance presque surnaturelle de la lumière du crépuscule glissant à travers la canopée? Ces moments de beauté absolus, ces «frissons d’éternité», ce sont ce qui nous fait nous sentir appartenir à un Tout qui nous englobe, et qui pourtant à la fois nous dépasse. En ce sens, c’est grâce au havre qu’est la cabane que nous pouvons plus facilement avoir accès à toute cette nature, touchant alors «à des accents, à des sons, à des morceaux de ce qui compose l’Âme du monde.» (p. 99) Ces instants précieux de communion, ils permettent de tendre vers une harmonie parfaite entre l’humain et la nature.

 

Le sentiment d’harmonie apparaît quand il y a intégration de l’âme personnelle à l’Âme du monde et que l’être vibre avec elle et en elle.

(p. 100)

 

En ce sens, c’est en prenant le temps de s’ouvrir à la forêt qu’il devient possible de sentir battre le cœur du monde dans chaque recoin de la nature. Et c’est surtout ainsi que l’on comprend que notre propre vie est intimement liée à celle de la forêt.

 

La forêt divine

 

Par toutes ces beautés, la forêt acquiert indéniablement un caractère sacré. En effet, «quand [l]es arbres se transforment en piliers de basilique» (p. 28), c’est tout un espace de recueillement qui s’ouvre à nous, où le divin ne descend pas du ciel, mais monte doucement de la terre. En effet, pour Jean Désy, la forêt, c’est le lieu par excellence où l’on peut retrouver Dieu, puisqu’il y est présent dans chaque parcelle.

 

Dieu existe dans l’humus que foule votre pied, dans chaque tige végétale que vous frôlez. Dieu s’infiltre par chaque pore de votre peau quand vous plongez la tête la première dans les bouillons de la rivière, là où l’eau est profonde; ou alors, Dieu n’existe pas.

(p. 28)

 

La forêt, c’est le lieu par excellence où l’on peut trouver Dieu en se connectant au sacré qui caractérise toute forme de nature; c’est une véritable spiritualité sylvestre que l’écrivain déploie dans son recueil. C’est pourquoi Jean Désy affirme que la cabane, en nous offrant un accès privilégié à la forêt, devient un lieu propice au développement de notre foi. Elle nous invite, plus que jamais, à cesser de poursuivre des vérités humaines destructrices -pour la planète et, par extension, pour nous-mêmes – pour plutôt accueillir une Vérité plus vaste, celle du divin dans de la nature, qui nous entoure entièrement et résonne au plus profond de nous.

C’est bien en «cherchant la Vérité qu’on peut garder contact avec la sensation d’harmonie, chaque chose et chaque être trouvant sa place dans le meilleur des mondes possible» (p. 91), dans ce monde sylvestre divin où tout est lié. Dès lors que nous comprenons que la nature ne fait qu’un avec nous, qu’elle nous traverse autant que nous l’habitons, il devient impossible de fermer les yeux sur la manière dont nous la traitons. On ne peut plus ignorer l’indifférence avec laquelle on arrache les arbres à la terre lors des coupes à blanc, l’appauvrissement des sols en raison des monocultures d’espèces arboricoles, ni l’instrumentalisation de la nature à notre seul avantage.

Détruire la forêt, ce lieu sacré où résonne l’Âme du monde, c’est se détruire soi-même. La préserver, au contraire, c’est préserver cette part du divin en nous.

 

À PROPOS DE SOPHIE ARCHAMBAULT

Candidate au doctorat en études littéraires à l’UQAM, Sophie lit et écrit pour mieux saisir l’humain, la société, mais surtout le monde dans lequel elle évolue. Oiseau de nuit, c’est en multipliant des lectures nocturnes sur la spiritualité et le phénomène religieux que son intérêt marqué pour le concept du sacré s’est doucement développé. Amoureuse de la nature et de ses dangereuses beautés, de la mythologie, de l’histoire de l’art et de tout ce qui requiert de la créativité, Sophie prend plaisir à se rencontrer elle-même à travers ces passions pour ensuite mieux s’ouvrir au monde qui l’entoure.

 

Les opinions exprimées dans les textes sont celles des auteurs. Elles ne prétendent pas refléter les opinions de la Fondation Père-Ménard. Tous les textes publiés sont protégés par le droit d’auteur.

 

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