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Il ne faut pas demander aux chrétiens actuels s’ils croient à la Résurrection. Ils y croient d’une façon tellement passive et habituée que c’est exactement comme s’ils n’y croyaient pas. Cela ne change rien à leur vie.
Mais demandez-leur plutôt s’ils désirent vraiment ressusciter, s’ils aiment assez quelqu’un pour vivre avec lui toujours, s’ils ont de quoi remplir une vie éternelle.
L’éternité, qui en veut? À qui ne fait-elle pas peur? Qui en vit? Jadis, on plaignait les pauvres athées «qui ne croyaient à rien» et dont l’avenir se limitait à sombrer dans le néant. Aujourd’hui, l’anéantissement est considéré par beaucoup comme une promesse de repos et de paix après les fatigues et les agitations d’ici-bas.
Il est vrai, d’ailleurs, que la façon dont on nous présentait le «ciel» n’était guère enthousiasmante. «Se prosterner dans la contemplation de Dieu, chanter éternellement ses louanges en balançant des palmes ou en pinçant la cithare.» Moi qui ne suis guère doué pour ces exercices, je préfère aller faire du vélo!
Le seul motif qui permette de supporter et de désirer une vie éternelle, c’est l’amour. Les amis qui accepteraient l’idée d’une séparation définitive n’ont jamais été vraiment unis. Les époux qui ne s’aiment que pour cette vie, ne s’aiment pas. Les amoureux qui n’ont pas besoin d’éternité font semblant de s’aimer (ils font parfois semblant aussi d’en avoir besoin!). Les gens qui estiment que leur existence a été pleinement satisfaisante et qu’elle leur suffit ne lui ont jamais demandé grand-chose.
L’amour nous dévoile un monde nouveau qu’on n’a jamais fini de connaître et qui est tellement disproportionné à nos capacités actuelles que tout amour vrai sait bien qu’il ne sait encore rien de l’amour, qu’il n’a jamais dit ni montré comme il le fallait son amour à l’être qu’il aime, et qu’il ne lui faudra pas moins que l’éternité pour le vivre à sa juste mesure.
Quand Jésus dit qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime, je sais qu’Il sait : quand l’amour est vrai et vivant, on sent qu’on peut mourir pour ceux qu’on aime. On est tellement vivant, tellement heureux, tellement sûr que la mort n’arrêtera jamais la sorte de vie qu’on a commencé à vivre.
Cet amour-là est prêt à affronter l’éternité, non seulement il en a besoin, non seulement il en est capable, mais il a déjà commencé à la ressentir.
Comme il fera bon vivre ainsi toujours!
*Texte écrit en 1981
À PROPOS D’EUSÈBE-HENRI MÉNARD
À l’âge de 30 ans, le père Ménard (1916-1987) commence sa mission de formation de leaders, religieux et laïcs, pour qu’ils deviennent les rouages d’un mouvement de transformation afin de bâtir une société meilleure. En 1946, il fonde la Société des Missionnaires des Saints-Apôtres (M.S.A.) ainsi que plusieurs séminaires, maisons de retraite, centres éducatifs et de promotion sociale. Pendant plus de 25 ans, Eusèbe a travaillé en Amérique latine avec comme leitmotiv, humaniser et évangéliser. Prendre soin des pauvres et des délaissés est devenu le cœur de l’œuvre qu’il a développée et qui s’étend maintenant en Amérique, en Afrique et en Asie.
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