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Catherine Aubin : «Les paroles de la messe sont fulgurantes, pleines de vie»

photo Miriam Castro

Par Miriam Castro

Conversations

18 mars 2026

Capture d’écran de la vidéo « Les maladies spirituelles »

(Webtélé ECDQ, YouTube, 6 novembre 2018)

Catherine Aubin est une religieuse dominicaine, théologienne, enseignante, conférencière, accompagnatrice spirituelle et autrice reconnue dans les milieux catholiques. Elle enseigne la théologie spirituelle et sacramentaire à Rome et à Montréal et donne régulièrement des conférences et des retraites. Dans cette entrevue, elle nous parle de son cheminement vocationnel et de la force de la prière.

Originaire de l’ouest de la France, elle est la plus jeune d’une famille de sept enfants. À l’âge de six ans, elle a une conviction forte et lumineuse dans son petit cœur de jeune fille : un jour, elle sera religieuse. Deux ans plus tard, elle raconte avoir vécu une autre expérience spirituelle, simple mais très intense : «Alors que je me promenais autour de la maison à la campagne, j’ai senti la joie de Dieu en moi, mon cœur était bouillonnant, plein de lumière, plein d’étoiles.»

Mais sa foi a été profondément bousculée à l’adolescence, et ce non sans raison, car elle a vécu l’une des épreuves les plus difficiles qu’une personne puisse traverser : la perte d’un être cher. Sa sœur aînée est décédée dans un incendie. Cette tragédie marque une rupture majeure dans sa relation avec le Seigneur.

 

Service et prière à Lourdes

 

Pourtant, au cœur même de cette période de révolte, de souffrance et d’incompréhension, une nouvelle voie s’est simultanément ouverte à elle, nourrissant sa quête de sens et de consolation. Catherine Aubin a commencé à se rendre au Sanctuaire Notre-Dame-de-Lourdes, lieu des apparitions de Marie, où, depuis plus de 150 ans, des milliers de malades arrivent en quête d’espérance et de guérison.

 

Durant une semaine, j’aidais les gens à se baigner dans les piscines de Lourdes. Pour moi, c’était une semaine de clarté, de service et de prière. Une semaine où je sentais très fort la présence de Marie, une présence extrêmement apaisante, consolante et qui me permettait de m’enraciner dans la présence de Dieu.

 

Huit années durant, Catherine a visité Lourdes. Durant ce temps, elle poursuivait des études en psychologie à l’Université Catholique de l’Ouest, dans la ville d’Angers. Ce n’est qu’à 21 ans qu’elle traverse à nouveau une période marquée par des doutes et des questionnements profonds. Mais un jour, elle aperçoit une religieuse dans l’une des piscines de Lourdes, priant de tout son être, visiblement habitée par l’Esprit. Avant de partir, Catherine s’approche et lui pose une question : «Qui est Jésus pour vous?» «C’est mon meilleur ami», lui répond la religieuse. «Je n’avais jamais entendu une telle réponse, confie Catherine. Ces mots m’ont frappé et m’ont fait beaucoup réfléchir.»

 

L’appel se fait sentir plus fort

 

Deux ans plus tard, l’appel de Dieu se fait ressentir avec une intensité croissante, et Catherine éprouve le besoin de confier ses questionnements à quelqu’un, peut-être à la religieuse qu’elle avait rencontrée à Lourdes. Le problème, c’est qu’elle n’a ni son numéro de téléphone ni son adresse. Heureusement, elle croise un ami qui la connaît et accepte de lui communiquer les coordonnées de la religieuse à Paris. Catherine décide alors d’aller la rencontrer.

Elle arrive donc à l’église Saint-Leu-Saint-Gilles, dans le 1er arrondissement de Paris. Après l’avoir écoutée attentivement, la religieuse lui confirme qu’elle a bien la vocation et lui recommande de chercher une congrégation religieuse dans sa région. Catherine visite plusieurs communautés, mais aucune ne correspond à ce qu’elle recherche. Finalement, la religieuse l’invite à passer quelques jours au sein de la sienne : une communauté dominicaine.

 

J’ai passé quatre jours dans cette communauté dominicaine, partageant une vie faite à la fois de prière et d’engagement dans le monde, dans l’accueil de toutes les personnes qui franchissaient les portes de l’église. Chaque jour, entre vingt et trente personnes venaient prendre un repas dans la cuisine attenante. Lors de ma dernière journée, on priait à voix haute pour les malades et pour ceux qui traversaient des moments difficiles. J’y ai vécu une forme d’illumination, durant des heures qui semblaient n’être que des minutes.

 

Ainsi, comme Catherine Aubin le dit elle‑même, ce n’est pas elle qui a choisi la vie dominicaine : c’est la vie dominicaine qui l’a accueillie pleinement. Depuis lors, elle n’a cessé d’approfondir sa foi, sa charité et sa relation à Dieu. Docteure en théologie spirituelle de l’Université pontificale Saint-Thomas-d’Aquin à Rome, elle consacre son énergie à comprendre, vivre et transmettre une approche relationnelle du divin, centrée sur l’essentiel de la présence intérieure.

 

La prière comme chemin de transformation

 

Son livre le plus récent, Tu nous feras prier, est né lors d’un baptême auquel assistait une éditrice de Novalis. Durant la messe, elle était la seule à répondre, car personne d’autre ne connaissait les paroles, ce qui l’a profondément attristée. Ce livre vise donc à aider à mieux comprendre et redonner du sens aux mots prononcés pendant la messe.

Ce n’est pas un livre de liturgie ni un manuel de théologie sacramentaire. C’est plutôt une invitation à redécouvrir la richesse des prières telles que Seigneur, prends pitié, Gloire à Dieu, Alléluia, Notre Père ou Agneau de Dieu. Transmises et reprises depuis des siècles, ces prières ne trouvent plus toujours, aujourd’hui, un véritable écho dans la foi de nombreux croyants ni ne les rejoignent intérieurement : c’est précisément ce que Catherine essaie de changer.

 

Nous sommes faits de paroles. Elles nous façonnent. Quand je dis de belles choses, ou que l’on m’en dit, ma journée peut complètement se transformer. À l’inverse, des mots négatifs peuvent engendrer de la tristesse. Les paroles de la messe, elles, sont fulgurantes, pleines de vie. Mais si on les répète comme une simple routine, on s’enfonce plutôt qu’on ne s’élève.

 

Nous sommes des êtres de relation. «Dans une amitié, explique Catherine Aubin, nous nous regardons dans les yeux, nous nous intéressons sincèrement à l’autre, et nous tissons un dialogue.» De la même manière, Dieu est relation, et la messe est avant tout le lieu de cette rencontre vivante avec Lui. Par exemple, à propos du Seigneur, prends pitié, l’autrice écrit :

«Cette première prière oblige à nous regarder au-dedans et à voir ce qui s’y trouve, afin de sortir du sommeil, de l’inconscience et de l’oubli. C’est l’expression de la vulnérabilité humaine, un cri de cœur et aussi une quête de la miséricorde. C’est la prise de conscience d’un éloignement, d’une forme d’errance loin de la bienveillance inconditionnelle de Dieu.[1]»

 

Livres de sœur Catherine Aubin. Crédit photo : Miriam Castro

 

De la même autrice

 

Sœur Catherine Aubin a écrit de nombreux ouvrages, dont Où es-tu Marie? (Novalis, 2024), Mourir d’envie ou vivre d’amour? (Artège, 2022), Renoncer (Salvator/Novalis, 2020), Sept maladies spirituelles (Salvator/Novalis, 2019) et Prier avec son corps (Cerf, 2005).

 

Note :

 

[1] AUBIN, Catherine, Tu nous feras prier, Canada, Éditions Novalis, 2025, p. 24.

 

À PROPOS DE MIRIAM CASTRO

Passionnée de voyages et de découvertes culturelles, Miriam choisit de s’établir au Québec. Titulaire d’une formation en administration philanthropique et en gestion de projet à l’HEC Montréal, ainsi que d’une maîtrise en communication de l’UQAM, elle occupe depuis plus de treize ans le poste de directrice générale de la Fondation Père-Ménard. Lorsqu’elle n’est pas en train de courir pour faire sa méditation en mouvement, elle aime lire, regarder des films et des séries ou partager un bon repas avec les gens qu’elle aime.

 

Les opinions exprimées dans les textes sont celles des auteurs. Elles ne prétendent pas refléter les opinions de la Fondation Père-Ménard. Tous les textes publiés sont protégés par le droit d’auteur.

 

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