Témoignages de foi

Bâtir une communauté avec plus que des mots

Par Frey Martin Mancera

Témoignages de foi

31 juillet 2024

Mes parents habitaient dans une petite ferme située au milieu des montagnes et entourée d’arbres fruitiers, de quelques vaches, poules et cochons. Ma mère travaillait dans les champs; elle passait ses journées à s’occuper des orangers, des avocatiers, des caféiers et d’un petit potager.

Notre ferme était localisée à huit heures de route de Bogota, capitale de la Colombie. Aller en ville était une tâche ardue, alors je suis né à la maison pendant une nuit du mois de décembre 1964. Une sage-femme est venue à la maison pour assister ma mère. Ma naissance a été longue et difficile. La sage-femme a dit à ma mère que j’étais un enfant dont la santé était très fragile et qui avait peu de chances de survivre jusqu’à l’âge adulte.

 

Mon prénom

 

Affligée, mais avec une foi solide et un espoir inébranlable, ma mère priait chaque jour pour moi. Elle sortait une petite image du saint Fray Martín de Porres, originaire du Pérou et qui avait été canonisé deux ans avant ma naissance (en 1962) par le pape Jean XXIII. Ainsi, elle fit une promesse au saint protecteur : «Je donnerai ton nom à mon enfant parce que, grâce à ton intercession, mon fils sera sauvé et vivra». Avec une ferme conviction, ma mère est allée à l’église du village et a demandé au curé de me baptiser d’urgence.

Le père Olmos a demandé à ma mère quel était mon prénom. Ma mère a alors a répondu : «Fray Martín de Porres». Le curé lui a dit : «Madame Blanca, ne lui donnez pas ce prénom. Si jamais Dieu l’appelle à devenir religieux, cela serait bizarre qu’il s’appelle Fray Fray. Changez-lui plutôt son prénom». Ma mère, toujours respectueuse de l’autorité du curé, lui a néanmoins redemandé de me baptiser selon ses désirs. Finalement, ils ont accepté de changer le «a» par le «e» et je suis devenu Frey Martín.

Ma mère avait également promis au saint péruvien que si j’étais sauvé, je porterais l’habit qui caractérise saint Martín de Porres, fabriqué de ses propres mains, jusqu’à mon complet rétablissement. J’ai porté cette tenue jusqu’à l’âge de trois ans. Plus tard, mes parents ont décidé de partir à Bogota à la recherche d’une meilleure qualité de vie pour leurs neuf enfants. Nous étions pauvres, mais ensemble, avec la tête pleine de rêves et le cœur rempli d’espoir.

 

Mon adolescence

 

Je fréquentais régulièrement la paroisse pour assister à la messe et rencontrer mes amis de la Légion de Marie, dont j’étais le secrétaire. C’était une belle époque! En 1980, ma sœur Yolanda, qui était âgée de deux ans de plus que moi, a décidé d’entrer dans la Congrégation des Sœurs Missionnaires de la Consolata.

Un an plus tard, mon père m’a demandé si je voulais finir mes études secondaires dans un petit séminaire. J’ai répondu oui sans hésiter. Pour moi, cela représentait un grand changement : j’avais fréquenté une école publique où il y avait quarante élèves par classe. Le petit séminaire n’en comptait que 14 ou 15. Il y avait également des retraites durant le week-end, des activités sportives et récréatives ainsi que la messe quotidienne. Tout cela était nouveau et intéressant pour moi, mais il manquait quelque chose. Après deux ans, j’ai décidé de partir.

Ensuite, je suis entré au Collège Séminaire de la Consolata. La première année a été difficile : je n’ai réussi à me lier d’amitié qu’avec un prêtre brésilien que j’appréciais beaucoup par sa joie et sa manière de parler de la mission. Il me rappelait ma sœur. Cependant, lorsque je suis allé parler au promoteur des vocations, il n’a pas accordé beaucoup d’attention à mon désir de devenir missionnaire. Pendant que je lui parlais, il passait simplement des feuilles de papier sur son bureau. Désillusionné, j’ai perdu tout intérêt pour les études. J’ai échoué l’année scolaire. Mon père m’a alors envoyé chercher du travail pour me donner un but dans la vie, même sans avoir terminé l’école secondaire.

Au secondaire, j’avais appris le métier d’électricien. J’ai alors commencé à rêver de devenir électricien professionnel. J’ai donc trouvé un emploi dans une entreprise d’électrification rurale, un travail difficile et exigeant, mais qui m’occupait tout en me permettant de gagner un peu d’argent. Cependant, j’avais un grand vide dans mon cœur. Malheureusement, et par la volonté de Dieu, alors que cela ne faisait même pas un an que je travaillais dans cette entreprise, je suis tombé malade des poumons à cause du froid des montagnes. J’ai dû retourner à Bogota pour me faire soigner.

 

Ma rencontre avec les Missionnaires des Saints-Apôtres

 

À mon retour à Bogota, j’ai visité l’une de mes sœurs. Elle et son mari avaient fondé un foyer pour venir en aide aux enfants de la rue. Écouter leurs histoires de douleur et de souffrance m’a donné une grande leçon de vie. Ma sœur m’a ensuite demandé d’aller chercher un don au grand séminaire des Saints-Apôtres. Je me souviens qu’à mon arrivée, le père Marc Lussier, M.S.A., m’a ouvert la porte et m’a invité à entrer. Nous avons discuté pendant un long moment. J’y suis retourné plusieurs fois par la suite.

Lors d’une autre rencontre avec le père Marc, je lui ai avoué que je voulais devenir missionnaire. Toutefois, j’avais besoin de terminer mes études secondaires et d’amasser un peu d’argent. Quelques mois plus tard, le père Marc m’a téléphoné pour me demander de venir le voir au grand séminaire. Il m’a annoncé trois nouvelles. La première était qu’il avait été nommé animateur général de la Société des Missionnaires des Saints-Apôtres (M.S.A.) et qu’il devait se rendre au Canada. La deuxième était que j’étais invité à vivre au grand séminaire et à terminer mes études secondaires. La troisième était que j’avais la possibilité de devenir missionnaire. Comme j’étais heureux! Ainsi, le 19 novembre 1985, j’ai commencé ma formation pour devenir prêtre missionnaire.

C’est en faisant partie de cette communauté que j’ai trouvé un sens à l’appel que Dieu m’a lancé depuis mon enfance. Après mon ordination sacerdotale, j’ai été formateur au grand séminaire des Saints-Apôtres ainsi que curé dans deux paroisses à Bogota durant quinze ans. En juin 2012, j’ai été nommé recteur du grand séminaire pour une période de cinq ans.

 

Enfin, la mission!

 

En 2019, j’ai été choisi pour accompagner une petite communauté locale des Missionnaires des Saints-Apôtres en Indonésie, en Asie du Sud. Après 36 heures de trajet, je suis arrivé à Jakarta, la capitale du pays. L’Indonésie accueille une population majoritairement musulmane (85%). N’ayant aucune connaissance de la langue du pays, j’ai fréquenté l’Université Sanata Dharma pour y apprendre les bases. Cependant, la pandémie du coronavirus m’a forcé à suivre les cours en ligne, ce que j’ai fait pendant un certain temps, car la pauvre qualité du réseau Internet rendait difficile le suivi des cours.

Cette expérience missionnaire fut riche en culture et en rencontres fraternelles. Dès mon arrivée, je me suis mis au service de la formation des jeunes aspirants. Étant conscient de mes limites à communiquer dans ce pays, j’ai mis beaucoup d’effort à bâtir une relation et une communauté avec plus que des mots. Même si j’ai réussi à apprendre des formulations simples, je ne pouvais pas enseigner sans le témoignage de la prière, de la célébration quotidienne de la messe et du travail en équipe pour rénover et entretenir la maison comme un lieu digne pour former de futurs prêtres des M.S.A.

 

Martin et les membres en formation en Indonésie.

 

Dans le travail communautaire, j’ai trouvé une source d’inspiration pour mener à bien ma mission de former, promouvoir et accompagner des futurs missionnaires. Chaque moment de partage était une occasion pour favoriser le charisme des M.S.A. Durant trois ans, j’ai collaboré étroitement avec le père Romanus Sankur, M.S.A., et avec mes confrères Blasius, Johannes et Fransiskus, qui ont été ordonnés peu après. Ils m’ont beaucoup aidé pendant mon séjour, tout comme les postulants et les aspirants de la maison. En 2022, j’ai dû quitter l’Indonésie et venir à Montréal, parce qu’on m’a demandé de rejoindre le Conseil général des Missionnaires des Saints-Apôtres. La mission continue!

Chers bienfaiteurs de la Fondation Père-Ménard, j’apprécie énormément toute la confiance que vous manifestez envers les membres permanents et en formation de la Société des Missionnaires des Saints-Apôtres. En tant que récipiendaire de l’aide financière donnée pour la formation de leaders spirituels, je vous remercie pour vos dons et vos prières. Que Dieu vous bénisse!

 

À PROPOS DE FREY MARTIN MANCERA

Martín est conseiller et responsable des laïcs et de la protection des personnes vulnérables au sein du Conseil général de la Société des Missionnaires des Saints-Apôtres.

 

Les opinions exprimées dans les textes sont celles des auteurs. Elles ne prétendent pas refléter les opinions de la Fondation Père-Ménard. Tous les textes publiés sont protégés par le droit d’auteur.

 

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