Ravive en toi l'espérance

Au-delà de ce qu’on peut imaginer

Christian Rodembourg

Par Christian Rodembourg

Ravive en toi l'espérance

18 février 2026

Crédit photo : Vitaly Gariev / Unsplash

Qui d’entre nous n’a pas un jour interpellé Dieu avec des paroles semblables à celles du prophète Habacuc : Combien de temps, Seigneur, vais-je appeler, sans que tu entendes? Crier vers toi : «Violence!», sans que tu sauves? Pourquoi me fais-tu voir le mal et regarder la misère? (Ha 1, 1-2)

Ces cris prononcés au VIIe siècle avant Jésus-Christ continuent de jaillir du plus profond de notre humanité au cœur des conflits, des violences, des pillages, des vexations et des agressions perpétrés dans plusieurs régions du monde.

Avec nos frères et nos sœurs en humanité qui vivent dans leur chair ces conflits, avec les chrétiens persécutés[1] à cause de leur foi ou empêchés de la vivre, nous pouvons crier vers Dieu : combien de temps, Seigneur, vais-je t’appeler au secours?

Hélas, depuis que le monde existe, de telles horreurs, de semblables haines et des conflits similaires se répètent, de génération en génération : Devant moi, pillage et violence; dispute et discorde se déchaînent (Ha 1,3).

Tout comme Habacuc ne perdit pas confiance en Dieu, adoptons cette attitude du guetteur qui espère une réponse de Dieu. Patience et confiance, voilà le chemin reçu par le prophète. Jamais le mal n’aura le dernier mot. Le juste vivra par sa fidélité.

En parcourant du regard notre humanité, nous découvrons des hommes et des femmes qui font preuve de courage, de détermination, de foi et d’espérance de manière exceptionnelle. Parmi eux, bon nombre vivent ces épreuves en communion totale avec le Christ.

Et nous? Où nous situons-nous sur ce chemin de la foi, de l’espérance, de la conversion et du témoignage concret?

De sa prison, saint Paul écrivait à Timothée, son véritable enfant dans la foi : Avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Évangile (2 Tm 1, 8b). Il l’exhorte à réveiller en lui le don de Dieu qu’il a reçu: un esprit de force, d’amour et de pondération (2 Tm 1, 7).

Soyons vigilants de ne pas laisser endormis en nous les dons que Dieu y dépose. À tout instant, réveillons-les, ravivons et ranimons ces petites flammes qui brillent en notre cœur trop souvent étouffées par les soucis du quotidien et par notre orgueil humain.

La foi se transmet, pour ainsi dire, par contact, de personne à personne, comme une flamme s’allume à une autre flamme [2]. L’huile qui alimente ces petites flammes en notre être intérieur, c’est l’huile du feu de l’Esprit. C’est l’huile de l’amour des Béatitudes. Cette huile a illuminé tant de saints et de bienheureux, connus et inconnus. Cette huile continue d’illuminer tant de chrétiens dans le monde alors que plusieurs d’entre eux traversent des épreuves considérables!

Notre foi traverse-t-elle tous les pores de notre être intérieur? Osons interroger la qualité de notre courage à témoigner de notre foi en Jésus-Christ.

Sur les traces du prophète Habacuc, dans les pas de Paul et de Timothée, aujourd’hui, l’Église, peuple de Dieu en marche, chrétiens au cœur du monde, nous sommes dépositaires de l’Évangile du Christ. Nous portons la coresponsabilité de cette mission primitive des apôtres : annoncer largement, à temps et à contretemps, la Parole de Dieu.

Plus que jamais, à la suite des apôtres, crions au Seigneur : Augmente en nous la foi! (Lc 17, 5) Comptons sur la puissance d’amour de Dieu agissant en nous et dans le monde.

Tous les témoins de la foi qui nous précèdent furent, à leur manière, au service d’une mission qui les dépasse. L’Esprit Saint demeure le seul guide. Il est ce souffle bienveillant pour notre vie et nos engagements. Il nous précède dans le cœur des personnes rencontrées.

À supposer que notre foi soit aussi grosse qu’une graine de moutarde, par la puissance de l’Esprit agissant, le fruit produit peut être grand : Vous auriez dit à l’arbre que voici : déracine-toi et va te planter dans la mer (Lc 17, 6). Ce sycomore dont parle Jésus possède des racines qui permettent de résister aux intempéries et de vivre jusqu’à six cents ans.

Comprenons bien cette catéchèse de Jésus qui nous mentionne qu’une foi même minuscule peut accomplir sur le plan spirituel des choses considérables au-delà de ce qu’on peut imaginer. La vie peut fleurir au cœur de situations parfois les plus désespérées de notre humanité et de notre vie personnelle.

 

Notes :

 

[1] 360 millions de chrétiens persécutés dans le monde en 2021 : en Afghanistan, en Inde, au Nigeria etc. (ONG Portes Ouvertes).

[2] Pape François

 

À PROPOS DE CHRISTIAN RODEMBOURG

Évêque du diocèse de Saint-Hyacinthe et membre du Bureau de direction de la Conférence des évêques du Canada, Mgr Christian est un homme de terrain qui aime aller à la rencontre de l’autre dans le concret de la vie quotidienne, pour vivre la mission pastorale en équipe, femmes et hommes, laïcs et prêtres, et grandir tous ensemble en humanité et en spiritualité.

 

Les opinions exprimées dans les textes sont celles des auteurs. Elles ne prétendent pas refléter les opinions de la Fondation Père-Ménard. Tous les textes publiés sont protégés par le droit d’auteur.

 

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