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L’aveugle Bartimée trace le portrait du disciple authentique. Il est la clé de lecture et de compréhension pour tous ceux et celles qui sont désireux de marcher dans les pas de Jésus.
Nous sommes à la sortie de la ville de Jéricho, ville qui dans la tradition biblique symbolise le péché et l’éloignement de Dieu. Elle évoque aussi l’entrée en Terre Sainte. Symboliquement, on peut dire que Jésus vient nous chercher comme Bartimée au cœur des difficultés, des souffrances et des misères de l’humanité afin de nous proposer d’aller avec lui à la rencontre de Dieu, amour et tendresse.
Les disciples et une foule nombreuse accompagnent Jésus. Nous sommes à un tournant des enseignements que Jésus donne aux disciples qui ne semblent pas vraiment saisir les enjeux de son message, ni les exigences, ni les conséquences qui y sont reliés. Par trois fois, Jésus avait annoncé sa passion et sa mort sur la croix.
Bartimée
Observons de plus près la situation. Avant la rencontre avec Jésus, Bartimée est un mendiant aveugle qui se trouvait, assis, au bord du chemin. Il souhaiterait faire la connaissance de Jésus. Dans la tradition biblique, être assis représente l’attitude de la personne qui écoute. Après la rencontre avec Jésus, Bartimée retrouve la vue et suit Jésus sur le chemin. Il marche, se déplace, ose la découverte d’un monde nouveau.
Dans l’évangile selon saint Marc, le chemin symbolise la suite de Jésus tandis que l’aveuglement représente l’incapacité à comprendre l’enseignement donné par Jésus. Ce qui fait donc la différence, c’est la rencontre personnelle, directe et précise, avec Jésus : que veux-tu que je fasse pour toi ? (Mc 10, 51). Jésus est à l’écoute de nos besoins.
Or, que remarquons-nous d’essentiel dans cette rencontre entre Bartimée et Jésus? C’est qu’avant d’accomplir quelque miracle que ce soit, Jésus exige la foi. On pourrait croire que Jésus fait des miracles pour susciter la foi des gens rencontrés. Non, il ne s’agit pas d’un spectacle de magie. Jésus demande d’abord la foi. Va, ta foi t’a sauvé (Mc 10, 52). Aussitôt l’homme se mit à voir.
En d’autres termes, est-ce que nous comptons sur nos propres forces ou est-ce que nous faisons un acte de confiance en Jésus? Bartimée attend tout de Jésus. Par deux fois (Mc 10, 47-48), il crie : Jésus, fils de David, prends pitié de moi! Il lui exprime clairement son désir et sa soif de voir bien que l’entourage fasse tout pour le faire taire. Les gens de la foule sont sourds aux appels de Bartimée. Mais Jésus envoie ses disciples le chercher avec des paroles d’encouragement.
Point fort et pertinent pour nous à propos de la prière : sommes-nous des «Bartimée» face au Seigneur? Sommes-nous, comme lui, tenaces et constants dans la prière?
En même temps, saint Marc précise que Bartimée laisse tomber son manteau. Il abandonne le peu qu’il possède. En fait, il laisse tomber la puissance de l’homme. Il coupe le vieil homme qui est en lui avec son passé, ses limites, ses fragilités pour accueillir le don de la vie en Dieu qui est source de joie et d’espérance. Il s’ouvre à la foi. Il ose avancer en eaux profondes!
En demandant la foi, Jésus respecte la liberté de Bartimée. La foi est indispensable à la guérison. Elle nous donne des yeux nouveaux et permet de découvrir le monde autrement, avec les yeux de Dieu amour et tendresse qui illumine et donne sens à la vie.
Mais, l’amour de Dieu n’agit pas si l’être humain ne le désire pas profondément au plus intime de son être et de son cœur. Que d’hommes et de femmes marchent à travers les déserts de l’humanité sans voir ce qui se vit réellement. Que d’hommes et de femmes construisent leurs visions du monde et n’acceptent pas ce que le Seigneur met devant leurs yeux. Une foi qui ne s’enracine pas dans la vie des gens demeure aride et, au lieu d’oasis, elle crée d’autres déserts rappelle le pape François.
Par ce récit, Marc nous dit que ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. Être disciple est un don gratuit qui vient de Dieu. Ressemblons-nous à Bartimée? Demeurons-nous enfermés dans nos doutes, nos angoisses, nos difficultés, nos soucis, nos souffrances, nos peurs, nos incertitudes?
Jésus veut guérir nos cécités, nos aveuglements. Jésus nous propose une nouvelle vision de la vie, un sens nouveau à notre quotidien et à nos engagements de toutes sortes selon notre âge, notre vocation et nos expériences.
Bartimée est le modèle pour être disciple, modèle de ceux qui veulent vivre un nouveau commencement en cherchant la véritable lumière. Guéri non seulement dans son corps, mais aussi dans son âme, Bartimée est un modèle de foi, modèle du croyant et du disciple qui reçoit le don de la vue et qui s’engage à suivre concrètement le Christ.
Face au cri de l’humanité souffrante, il n’y a pas d’autre réponse que de faire nôtres les paroles de Jésus et d’imiter son cœur si riche en tendresse bienveillante. Soyons des ambassadeurs de cette miséricorde compatissante du Seigneur qui sauve ce qui semble perdu dans nos vies.
Alors les paroles du psalmiste prennent sens une nouvelle fois : Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête! (Ps 125, 3). Quelles merveilles fait aujourd’hui le Seigneur pour chacune et chacun de nous! Puissions-nous les reconnaître de jour en jour, remercier Dieu et en jouir abondamment.
À PROPOS DE CHRISTIAN RODEMBOURG
Évêque du diocèse de Saint-Hyacinthe et membre du Bureau de direction de la Conférence des évêques du Canada, Mgr Christian est un homme de terrain qui aime aller à la rencontre de l’autre dans le concret de la vie quotidienne, pour vivre la mission pastorale en équipe, femmes et hommes, laïcs et prêtres, et grandir tous ensemble en humanité et en spiritualité.
Les opinions exprimées dans les textes sont celles des auteurs. Elles ne prétendent pas refléter les opinions de la Fondation Père-Ménard. Tous les textes publiés sont protégés par le droit d’auteur.




