Crédit photo : Alejandro Cartagena / Unsplash
L’échange et la discussion avec nos lecteurs font partie de notre mission, et nous tiennent particulièrement à cœur. Dans cette rubrique, nous sélectionnons une de vos questions et nous y répondons. Écrivez-nous!
Une lectrice nous demande : comment répondre à ceux qui sont sceptiques quant à l’idée d’ouvrir nos portes aux immigrants et aux réfugiés?
Un immigrant vient de naître
Bien qu’il soit né dans la discrétion de la nuit, Jésus est la lumière du soleil levant qui vient visiter l’humanité, alors plongée dans les ténèbres d’une existence en quête de sens. À sa naissance, ceux qui savent lire les signes des temps ne tarderont pas à se précipiter à Bethléem pour savourer la joie des cœurs sincères. La visite que les mages vont rendre à l’Enfant Jésus va mobiliser Jérusalem, incitant à consulter les Écritures pour déterminer avec exactitude le lieu prophétisé pour la naissance du Messie. Toutefois, avec l’arrivée des mages et l’annonce d’une nouvelle naissance au roi Hérode, la joie sera de courte durée.
Il faut fuir
En effet, dans son évangile, saint Matthieu nous rappelle que, peu de temps après la naissance de Jésus, la Sainte Famille a reçu la visite des Mages venus d’Orient (Mt 2, 1). La présence de ces derniers à Jérusalem a fait découvrir au roi Hérode qu’un nouveau roi des Juifs venait de naître; furieux, Hérode ordonna l’exécution des nouveau-nés de moins de deux ans (Mt 2, 16). C’est dans ce contexte que Dieu envoya un ange en songe à Joseph, lui demandant de fuir en Égypte avec l’enfant et sa mère jusqu’à la mort d’Hérode, pour épargner l’Enfant Jésus de cette rage meurtrière. Joseph obéit alors (Mt 2, 13). La terre d’Égypte recevra ainsi une bénédiction spéciale, qui s’ajoute à ce que dégageait déjà ce pays, berceau de la connaissance et de la civilisation.
Par cette fuite en Égypte, la Sainte Famille, à l’instar de plusieurs familles du monde actuel, a été contrainte de quitter son pays, sa parenté, sa zone de confort, pour aller dans un pays autre, une terre inconnue. C’est une véritable plongée dans une aventure presque sans lendemain.
Immigrant parmi les immigrants
Aujourd’hui, plusieurs familles, plusieurs personnes, plusieurs groupes quittent leur pays à la recherche d’un monde meilleur, non par choix, mais par nécessité. Les guerres, les catastrophes naturelles, les violences de toutes sortes, la famine, la mauvaise gouvernance ou même le chômage sont autant de raisons qui obligent les gens à partir.
Joseph n’est pas sorti de son milieu de vie de plein gré, mais parce qu’il fallait sauver une vie, qui, par cela même, sauvera l’humanité. La Sainte Famille a été accueillie en Égypte, et y est restée jusqu’à la mort d’Hérode. Jésus est donc l’immigrant parmi les immigrants, il fait partie de cette foule immense de personnes qui bravent les aléas climatiques et frontaliers au péril de leur santé et de leur vie, portée par l’espoir d’un avenir meilleur.
Dans chaque immigrant se trouve l’Enfant Jésus, nouveau-né dont le regard implorant interpelle chacun d’entre nous.
Nous avons déjà tous été des immigrants
L’actualité nous rappelle qu’il est difficile, voire impossible, d’aller à la recherche d’un monde meilleur. Plusieurs slogans anti-immigration sont brandis parfois subtilement par certaines politiques. Au milieu de tous ces débats migratoires qui font couler beaucoup d’encre et de salive, comment pouvons-nous avoir l’audace d’ouvrir nos portes aux migrants et réfugiés, sans craindre des conséquences contestataires?
Avant d’accueillir ceux qui lancent un cri d’appel à l’aide, je pense qu’il faudrait d’abord ouvrir nos cœurs, en prenant conscience que nous avons déjà tous été immigrants de près ou de loin. Il faut accepter de faire un voyage de la tête au cœur, de l’indifférence à l’attention, de la raison à la tendresse, de l’émotion à la compassion, de la compassion à l’action. Lorsque l’on aura suffisamment ouvert nos cœurs pour accueillir le chemin d’un immigrant sans toit, sans manteau, sans pain, sans sourire, alors on pourra ouvrir nos mains pour réchauffer les cœurs meurtris.
Ouvrir nos portes aux migrants et aux réfugiés signifierait donc d’accepter d’être dérangé dans son confort, de voir nos habitudes bousculées en donnant un peu d’humanité et de sourire à ceux qui en ont besoin. Cela impliquerait de prendre des dispositions, tant au niveau personnel que communautaire, pour partager son espace avec celui qui en est privé.
Il convient donc de prendre conscience que celui qui accueille un immigrant accueille Jésus lui-même, et celui qui accueille Jésus accueille Dieu le Père. Et accueillir Dieu le Père, c’est s’accueillir soi-même, car la présence de Dieu en nous nous aide à devenir la meilleure version de nous-mêmes.
N’hésitez pas à envoyer vos questions à info@fondationperemenard.org pour faire partie de la discussion. Au plaisir de vous lire!
À PROPOS DE BENJAMIN ÉBODÉ
En août 2022, Benjamin a été élu secrétaire et conseiller général de la Société des Missionnaires des Saints-Apôtres. De 2016 à 2022, il a occupé plusieurs postes, dont celui de recteur, au Sanctuaire Marie-Reine-des-Cœurs de Chertsey. Il siège présentement au conseil d’administration de la Fondation Père-Ménard.
Les opinions exprimées dans les textes sont celles des auteurs. Elles ne prétendent pas refléter les opinions de la Fondation Père-Ménard. Tous les textes publiés sont protégés par le droit d’auteur.




