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Nietzsche, un philosophe allemand du dix-neuvième siècle, fils d’un pasteur, avait en son temps des paroles dures à l’égard des chrétiens : «Si votre foi vous rend heureux, disait-il, montrez-vous donc heureux»!
Paul Claudel, écrivain et diplomate fin du dix-neuvième siècle mi-vingtième siècle, affirmait pour sa part que «le chrétien n’a qu’un seul devoir, celui d’être joyeux»!
Dans la Parole de Dieu, de nombreux passages nous rejoignent par leur sens de l’espérance et de la joie qui nourrissaient, déjà en leur temps, les prophètes, les chercheurs de Dieu, les apôtres et les premiers chrétiens.
Souvent je m’interroge. Sommes-nous dans notre vie quotidienne des témoins crédibles de la joie? Celle-ci transpire-t-elle sur nos visages? Se reflète-t-elle dans nos yeux malgré les épreuves inhérentes à toute vie humaine? Se traduit-elle dans des actes modestes au quotidien?
Ne perdons pas de vue que notre foi et notre joie s’enracinent dans cet héritage d’un Dieu révélé par Jésus qui délivre du mal et porte un amour privilégié pour les exclus, les défavorisés, les malades et les souffrants. La première place dans le cœur miséricordieux du Seigneur est la leur.
Alors que Jésus achève de donner ses instructions aux apôtres, Jean Baptiste qui était en prison entendit parler des œuvres réalisées par Jésus. Il envoya ses disciples pour vérifier qui il était vraiment: Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? (Mt 11, 3)
Jésus nous invite autant qu’il le fit avec ses contemporains à approfondir notre foi en Dieu d’une manière totalement nouvelle et inattendue : Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres! (Mt 11, 5)
La réponse de Jésus est éloquente et transforme de manière définitive la compréhension du projet de Dieu pour l’humanité. Cela peut et cela doit se réaliser aujourd’hui au cœur de nos rencontres, de nos prises de parole et de nos engagements réels dans la vie privée comme publique.
Alors que le peuple juif attendait un Messie juge et triomphateur de tout et de tous qui règlerait tous les contentieux historiques d’un coup de baquette magique, voilà que Jésus manifeste la grandeur de l’amour et de l’immense tendresse divine par d’humbles actes de bonté, d’accueil, et d’écoute envers les plus petits de l’humanité.
Comme Jean Baptiste, nous pourrions aussi nous enfermer, dans nos propres certitudes, dans nos grilles de lecture autosatisfaisantes et dans nos questionnements sans issue.
N’hésitons jamais à nous interroger pour vérifier si nous n’avons pas en nous une fausse idée de Jésus ou une interprétation quelque peu douteuse de son message? Jésus sera toujours bien au-delà de tout ce que nous pourrons penser, imaginer, dire ou écrire de lui.
Le Dieu révélé en Jésus-Christ se manifeste clairement et audacieusement par des gestes de compassion et d’amour.
Sachant que ce «genre de Messie» ne correspondait pas à l’attente de ses contemporains, Jésus précise : Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute! (Mt 11, 6)
Comprenons bien que lorsque Dieu intervient dans l’histoire humaine, c’est pour guérir, sauver et libérer l’être humain de tout ce qui peut l’empêcher de s’épanouir, de grandir humainement et spirituellement, d’aimer et de se laisser aimer.
Le psalmiste ne clame-t-il pas que le Seigneur fait justice aux opprimés, donne le pain, délie les enchaînés, ouvre les yeux des aveugles, redresse les accablés, aime les justes, protège l’étranger, soutient la veuve et l’orphelin? (Ps 145)
Notre Dieu est un Dieu de tendresse et de bonté. Il ne fait peur à personne. Il est proche de nous. Il vit autant nos joies, nos succès, nos errances, nos peines que nos souffrances. Il nous accompagne tout au long de notre vie.
Voilà notre joie chrétienne qui trouve son fondement dans la fidélité de Dieu qui tient ses promesses.
Par sa mort sur la croix et par sa résurrection, Jésus ouvre à la famille humaine tout entière le chemin de la vraie vie. La terre et ses habitants sont ainsi transfigurés définitivement dans l’immensité du cœur amoureux de Dieu.
Conservons ce conseil de l’apôtre Jacques : Prenez patience, vous aussi, et tenez fermes car la venue du Seigneur est proche… Ne gémissez pas les uns contre les autres…! (Jc 5, 8)
En célébrant chaque eucharistie, confions-nous totalement à Celui qui est l’Unique Source de notre joie. Notre joie, c’est le Christ vivant, ici, maintenant au plus intime de notre cœur.
A PROPOS DE CHRISTIAN RODEMBOURG
Évêque du diocèse de Saint-Hyacinthe et membre du Bureau de direction de la Conférence des évêques du Canada, Mgr Christian est un homme de terrain qui aime aller à la rencontre de l’autre dans le concret de la vie quotidienne, pour vivre la mission pastorale en équipe, femmes et hommes, laïcs et prêtres, et grandir tous ensemble en humanité et en spiritualité.
Les opinions exprimées dans les textes sont celles des auteurs. Elles ne prétendent pas refléter les opinions de la Fondation Père-Ménard. Tous les textes publiés sont protégés par le droit d’auteur.



